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Article : Cameroun : voici pourquoi des femmes meurent en donnant la vie
Billets
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23 octobre 2016

Cameroun : voici pourquoi des femmes meurent en donnant la vie

Mourir en donnant la vie n’est pas acceptable. C’est pourquoi au fil des années on multiplie les stratégies pour diminuer la mortalité maternelle, ou tout au moins les causes de ces décès.
La mortalité maternelle se définit comme le décès de la femme qui survient pendant la grossesse, pendant l’accouchement ou les 42 jours qui suivent l’accouchement.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), Chaque jour dans le monde, 830 femmes meurent de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. Chaque année, ce sont donc près de 303.000 décès maternels qui surviennent en majorité dans les pays en développement.
Au Cameroun, on estime à 800 le nombre de femmes qui meurent en donnant la vie tous les jours.
Il faut comprendre pourquoi ce chiffre est aussi élevé. On en parle constamment, mais qu’en est-il ? Peut-on y apporter des solutions? C’est la problématique des causes de décès évitables et de celles non évitables. Il s’agit surtout à mon avis de nous assurer que les femmes, premières concernées, comprennent ces causes de décès.
Pourquoi des femmes meurent-elles en donnant la vie?

L’hémorragie de la délivrance

C’est la 1ère cause de décès maternel. Il arrive très souvent que pendant la poussée du bébé, l’utérus se disloque et cause une hémorragie à laquelle on ne peut malheureusement pas remédier. La patiente parait en bonne santé. L’instant d’après, elle pâlit et s’évanouit. Il est trop tard. Il n’est pas évident pour une dame qui vient de donner naissance de constater qu’elle saigne plus qu’il ne faut, surtout ci c’est la première fois. Les sages femmes sont censées contrôler le saignement des patientes par une observation régulière des serviettes hygiéniques. Dans notre contexte sociétal fait primer l’argent sur la santé des patients. Il m’est arrivé d’entendre une sage-femme dire à une patiente qu’elle n’avait pas à lui dire de venir voir si elle saigne trop. Les femmes sont là pour accoucher et non pour leur apprendre leur métier. Et lorsque l’irréparable se produit, elles prennent la clé des champs ou appellent la sécurité de l’hôpital pour tenter de museler la famille éplorée.

La grossesse extra utérine

C’est une cause de décès évitable si elle est dépistée à temps. La plupart des grossesses sont intra utérines et le bébé peut arriver à terme. Une grossesse est dite extra utérine lorsque l’œuf fécondé n’est pas allé se nicher sur la paroi utérine et est resté se développer dans les trompes. Selon les organismes, le fœtus peut atteindre 8 semaines et plus avant de s’éclater et causer la mort de la patiente. Il est recommandé de se rendre immédiatement à l’hôpital lorsqu’on constate le retard dans l’apparition des règles. Dès la toute première consultation, le gynécologue ou la sage femme prescrit une échographie pour dater la grossesse et localiser l’embryon. Lorsque ce conseil est suivi à la lettre, une femme peut se rendre compte que la grossesse est extra utérine dès la 4ème semaine de grossesse. Dans ce cas, l’opération est le seul moyen de la tirer d’affaire.

Chez nous, plusieurs femmes se rendent à l’hôpital vers la 20 ème semaine et n’acceptent de passer une échographie que si elles sont certaines que le sexe du bébé peut être vu.
Certaines femmes quant à elles, ne pourraient pas réaliser cette écographie à cause du coût élevé de cet examen qui est en moyenne de 7000 fcfa. C’est-à-dire que, on verse le gel de 50 fcfa sur le bas du ventre, on pose un truc dessus qui filme le bébé. Du coup, ça te coûte 7000 fcfa.

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L’infection généralisée, surtout suite à une césarienne

Les entrailles de la femme, après expulsion du bébé, représentent un champ fertile pour les bactéries et autres microbes. Il peut arriver que le corps s’infecte et s’infeste rapidement au point de causer la mort de la patiente. L’infection généralisée survient le plus après une césarienne. Les bactéries s’invitent dans l’organisme par la plaie cicatricielle. Lorsqu’on se rend compte que le corps est infesté, il est déjà trop tard.
Il est recommandé de faire attention à sa toilette intime après un accouchement par voie basse et de changer son pansement à temps après une césarienne. Parlant justement du pansement de la plaie cicatricielle, j’ai vu des femmes garder un pansement plusieurs jours de plus, faute de moyens pour se le faire faire à nouveau.
Il est dommage que des vies soient risquées à cause du coup jugé élevé des pansements

Hypertension gravidique + protéinurie = éclampsie

C’est une cause de décès considérée chez nous comme des plus mystiques. Ici c’est la combinaison de plusieurs facteurs qui est fatale pour la patiente. L’éclampsie est une crise convulsive généralisée qui survient chez la femme enceinte de 20 semaines et plus, ou chez la femme qui a donné naissance il y a maximum 6 semaines. Elle survient uniquement en cas d’hypertension gravidique, c’est-à-dire liée à la grossesse, et de protéinurie qui signifie présence excessive de protéines (surtout l’albumine) dans l’urine.
L’éclampsie est une cause de décès évitable à 100 pourcents. Cependant, plusieurs femmes font, et même de façon répétée, des crises avant l’accouchement. Ce qui met les vies de la mère et du bébé en danger.
Lors des visites prénatales, les femmes doivent, moyennant des frais variant entre 0 et 1000 fcfa, faire tester leurs urines pour jauger le taux d’albumine présent. Lorsqu’il dépasse le taux acceptable, la femme est prévenue sur le risque qu’elle court et est invitée à ne plus consommer des aliments qui en contiennent tel que le lait ou l’œuf.

L’embolie pulmonaire placentaire

Après un accouchement par voie basse ou par voie haute, ou après une interruption volontaire ou involontaire de grossesse, il peut arriver que des caillots de sang se forment et migrent vers les poumons, causant une détresse respiratoire appelée embolie pulmonaire. La formation des caillots de sang est inévitable, mais la patiente peut être mise à temps sous assistance respiratoire. Dans tous les cas, la mort n’est pas bien loin.

Le refus systématique de la césarienne

Chez nous, certaines femmes meurent aussi parce qu’elles refusent systématiquement d’être opérées. La césarienne est encore considérée par beaucoup comme un piège que nous tend la sorcellerie. Sachons Mesdames que la césarienne est pratiquée pour plusieurs raisons :

1 : la femme présente une DCP (Disproportion Céphalo Pelvienne) communément appelée bassin bas ou rétréci : la femme a des contractions, le col de l’utérus se dilate, mais le bébé ne peut pas passer sans que la femme ne subisse une déchirure d’une dizaine de centimètres.

2 : le bébé se présente mal : il est sur le siège (on voit ses fesses à travers le col dilaté), il présente un seul pied ou un seul bras…

3 : la mère présente une hypertension gravidique, elle court le risque de faire une crise d’éclampsie ou est déjà en pleine crise.

4 : Utérus cicatriciel : la mère a déjà été opérée 2 fois.

5 : le cordon du bébé est enroulé autour de son cou et l’étouffe lorsque la mère tente de l’expulser normalement.

6 : la mère est à quelques semaines de l’accouchement et présente un accès palustre tel que la poursuite de la grossesse pourrait lui être fatale.

Bref, pour une raison ou une autre, et même si on a déjà accouché par voie basse, on peut avoir besoin d’une césarienne. La refuser est alors fatal. Laisser le médecin nous conseiller est le meilleur réflexe qu’on peut avoir devant des situations similaires.

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Le paludisme

Le paludisme chez une femme enceinte est très dangereux. C’est la raison pour laquelle des moustiquaires imprégnées sont distribuées gratuitement, bien que plusieurs estiment se sentir étouffées de dormir sous une moustiquaire. On  administre  également à la femme un TPI (Traitement Préventif Intermittent). Dans tous les hôpitaux, elle reçoit une prise de médicaments contre le palu par trimestre de grossesse, soit 3 prises au cours de la grossesse. C’est un traitement qui est censé être donné gratuitement aux femmes. Cependant, les sages femmes leur demandent parfois la somme de 500 fcfa pour une prise.
L’importance de ce traitement n’est donc plus à relever. Néanmoins, certaines femmes ne le prennent sous le prétexte qu’elles ne supportent pas les comprimés pendant la grossesse. ça les ferait vomir.

A toutes ces causes de décès maternel, on peut ajouter le coût élevé des examens prénataux (7000 fcfa pour une échographie, 5000 fcfa pour la Numération Formule Sanguine qui permet entre autres de savoir si le sang est de nature à se coaguler lentement et de prévoir directement du sang lors de l’accouchement…)

La culture et les superstitions représentent une cause non négligeable de décès maternel. Par exemple, plusieurs femmes se purgeront toujours avec des herbes macérées malgré le contre avis du médecin et sans en maîtriser le dosage. A ce sujet, les leçons prénatales dispensées aux femmes venues se faire consulter sont inefficaces. La plupart des femmes préfèrent les bonnes vieilles méthodes de grand-mère.

En outre, il y a des facteurs qui lorsqu’ils sont à l’origine d’un décès révoltent encore plus. La prise en
charge tardive d’une patiente en besoin urgent de césarienne pour cause d’éclampsie par exemple peut être due à la distance qui sépare les services de maternité et de chirurgie du même hôpital. J’ai pu constater par moi-même dans un de nos hôpitaux que le service de maternité est situé au rez de chaussée et celui de chirurgie au 1er étage. Lorsque des femmes choquent en salle d’accouchement, on perd des minutes précieuses en les emmenant au bloc opératoire située plutôt au-dessus.

Enfin, il y a un facteur non négligeable de décès dont nos sages femmes sont adeptes. Il regroupe amateurisme, paresse, corruption, sadisme et j’en passe. C’est le mauvais relais entre les équipes de sages-femmes ou d’infirmiers. Imaginez-vous un peu être arrivée à la maternité à 6 heures du matin! l’équipe que vous avez trouvée sur place vous a enregistrée. un infirmière vous a fait le toucher, ce fameux toucher que nous détestons tant. Estimant que le travail avance trop lentement, elle a placé un quart de comprimé de Cytotec dans le col de l’utérus pour accélérer le travail. Entretemps, il est 7 h 30, son service de garde est terminé et elle s’en va. Dès que vous sentez enfin que la douleur des contractions vous transpercent le cœur, une autre infirmière se point devant vous et vous pose mille et une questions : « Madame, où est votre carnet? Vous êtes là depuis quelle heure? On vous a fait le toucher? C’est un travail normal ou on a accéléré avec le cytotec? Le gynécologue lui-même vous a vue? Votre tension est même à combien éhhhh? »
Entre temps, votre tension augmente à une vitesse grand V et vous tombez dans les vapes. Elle se met à appeler son prédécesseur pour lui demander où elle a posé votre carnet en partant. Elle lui répond qu’elle a du l’oublier dans la salle de repos où elle rattrapait le sommeil perdu dans la nuit.

La suite de l’histoire, chacun de nous peut l’écrire.

Ce que je retiens :
Il y a des causes de décès maternel liées à la structure hospitalière et à son personnel.
Il y a des causes liées à la femme elle-même et à sa mentalité et ses croyances.
Certaines causes sont évitables, tandis que d’autres ne le sont pas.
Il est nécessaire et vital de conjuguer les efforts pour améliorer les conditions de prise en charge des femmes enceintes et limiter du coup les cas de décès.

Cet article a été rédigé dans le cadre de la campagne #SantePourTous initiée par les blogueurs camerounais.

Découvrez ici les billets des participants à la campagne ayant publié sur le sujet :

VIH SIDA : Comment vivre longtemps avec le virus ?  par Thierry Didier KUICHEU

Les hôpitaux camerounais sont des malades très mal soignés par Fabrice NOUANGA

VIH- SIDA : La nécessaire éducation. par Christian Cédric MBOU

Pourquoi l’argent est-il la priorité dans les hôpitaux au Cameroun ?  par TCHAKOUNTE KEMAYOU

Le médecin n’est pas un faiseur de miracles par FOTSO FONKAM

Pourquoi faut-il intégrer les guérisseurs traditionnels dans le système de santé national ?  par NGNAOUSSI ELONGUE Christianovich

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Article : Comment reconnaître une vraie veuve ?
Billets
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9 octobre 2016

Comment reconnaître une vraie veuve ?

Dans plusieurs pays du monde, le veuvage est un état que l’on aime (ou que l’on veut) marquer par de nombreux signes. Il est fréquent d’apercevoir dans nos rues des femmes vêtues de couleurs particulières. Au Cameroun, les couleurs bleu et blanc sont celles que les veuves arborent souvent fièrement, souvent par peur du « qu’en dira-t-on ». Eh oui ! « Que va dire ma belle-famille si je ne porte pas le blanc de mon mari ? », me demandait encore une amie dont le mari est décédé à l’âge de 34 ans. Une jeune femme de 31 ans, pleine de vie et obligée d’arborer que du blanc pendant un temps relativement long qui est censé représenter le temps de faire le deuil de l’être cher.

On a d’un côté les femmes dites évoluées, qui suivent l’exemple des femmes occidentales (c’est elles qui le disent). Elles disent aussi qu’elles n’ont besoin de personne à qui dire qu’elles souffrent autant que les autres. Elles disent surtout qu’elles sont des veuves libérées, car elles ne font pas semblant. Elles vivent leur chagrin comme ça vient. On a d’un autre côté les femmes qui respectent les lois sociales et s’habillent fièrement de bleu ou de blanc (c’est au choix) pour crier à tout le monde qu’elles viennent de perdre l’homme aimé. Ce sont des vraies veuves, celles qui, selon nos appréhensions, ont encore la force de respecter la dépouille de leurs maris.

Une vraie veuve  pleure en se roulant par terre

A la mort du mari, la veuve se doit d’offrir en spectacle dans la démonstration de son chagrin. C’est elle qui donne le pouls du deuil. Elle rythme les pleurs de toutes les personnes touchées de très près par la mort du mari. Elle doit pleurer à chaudes larmes et se rouler par terre. Elle doit pleurer de plus belle chaque fois qu’elle voit se pointer des personnes très proches, surtout sa belle-famille. Ainsi, elle envoie la preuve qu’elle aimait sincèrement son époux. On peut le vérifier lors des levées de corps, des veuves qui veulent se jeter sur le corps de leurs maris et le déchiqueter de colère, au sens littéral hein. De plus, et c’est crucial pour faire passer le message, la veuve doit s’asseoir à même le sol jusqu’à l’enterrement de son mari, et souvent plus. Elle ne doit pas changer de vêtement pendant la même période. Elle ne doit pas se laver, ni se déplacer à souhait. Elle s’assied sagement dans un coin du salon et rythme les pleurs. Bon, il faut reconnaître que ces rituels sont moins difficiles à respecter que ceux d’ailleurs. C’est pas comme le Sati pratiqué autrefois chez les hindous de l’Inde. Bref, il faut les respecter si on ne veut pas être taxée de fausse veuve.

Une vraie veuve ne s’occupe pas du sort des biens du couple

La veuve ne doit pas se soucier du sort des biens de son défunt mari. Polygamie ou monogamie, communauté ou séparation des biens, à la mort du mari, tout cela ne doit plus avoir d’importance. La veuve doit restée concentrée sur les pleurs et laisser les questions d’héritage entre les mains de sa belle-famille. Cette dernière décide pour elle comme elle le fait pour les enfants du défunt. La vraie veuve n’aura jamais le courage de solliciter la dissolution de la communauté l’ayant lié à son mari pendant leur mariage. Le sort de tous les biens du couple est remis entre les mains de la belle-famille. Celle-ci se réunit en conseil de famille et désigne les héritiers du défunt, en l’absence de la (des) veuve(s). Dans la plupart des cas donc, le procès-verbal de conseil de famille est soumis au tribunal pour homologation, comme étant la volonté de toute la famille, y compris la veuve car on lui fait apposer sa signature sur le document. C’est ainsi que mon amie de 31 ans s’était retrouvée à la mort de son mari entrain de signer un procès verbal de conseil de famille où il était mentionné que son époux a laissé 2 veuves et 10 enfants, que ceux-ci sont tous cohéritiers de leur père, et que les veuves sont usufruitières de la succession. Ce qui signifie en français d’une mère au foyer que les veuves perçoivent les loyers des maisons laissées par leur mari…..

Mon amie était en réalité la seule épouse de son mari et ils ont eu 4 enfants. Ce qui s’est passé, et ça se passe ainsi lors de ces conseils de famille, c’est que sa belle-famille savait que son défunt mari avait une résidence secondaire et une seconde femme avec qui il a eu 6 enfants.

La vraie veuve accepte les choses telles qu’on les lui présente et ne saisit pas la justice pour réclamer ses droits. D’ailleurs, mon amie était mère au foyer. Allait-elle scier une branche à laquelle elle était suspendue?

Une vraie veuve se soumet volontiers aux rites de veuvage

La femme mariée est considérée comme la propriété de la belle-famille.  A la mort du mari, elle doit subir des rites pour lui permettre de demeurer l’épouse de sa belle-famille. Dans le village Bamena dont je suis originaire, dans l’Ouest Cameroun, elle doit subir le rite du lavage. Amenée dans une rivière dans le village, debout les jambes écartées, elle doit tenir une poule qu’elle jette dans l’eau devant elle, dans l’espoir que la bête nage et vienne passer entre ses jambes. Si c’est le cas, on conclut que la veuve est lavée de tout soupçon et qu’elle peut avoir un autre mari parmi les frères du défunt. On dit alors que son beau frère l’a « lavée ». Dans le cas contraire, elle est répudiée, à défaut d’être lapidée comme c’était le cas auparavant. Une femme qui veut refaire sa vie ailleurs peut très bien se dire qu’elle n’a pas besoin d’un tel rite et qu’elle n’a rien à prouver. Cependant, je suis toujours ébahie par le nombre de femmes qui demandent elles-même à prouver leur innocence dans la mort de leurs maris. Je parle ici de mort mystique bien sûr, parce qu’on meurt toujours pour une raison surnaturelle.

Les mères au foyer acceptent volontiers cette façon de pratiquer le lévirat car c’est un moyen sûr de continuer  d’élever leurs enfants. Certaines ont même déjà, du vivant de leurs maris, leur préférence parmi les frères de celui-ci. Je les entends dire souvent dans leurs kongossas : «ma copine, mon beau-frère ci est gentil jusqu’àààààà. Au nom de Dieu, à la mort de mon mari, c’est lui qui va me « laver »».

Une vraie veuve  porte du bleu ou du blanc

Le jour de la levée de corps du mari, la veuve est vêtue de blanc par la belle-famille. Il faut absolument qu’elle soit reconnaissable parmi toutes les conquêtes de l’homme d’autrui. «Voilà la veuve», dit-on dès qu’on l’aperçoit. «Elle ne pleure même pas hein», disent certains. Pourquoi en fait le choix du blanc?  Primo, il faut marquer le choc émotionnel par cette couleur vive. Secundo, il faut qu’on voit que le vêtement se salit car la vraie veuve va forcément se rouler par terre. Elle arbore cette couleur jusqu’à l’enterrement. Après, elle continue de se vêtir de cette couleur spécifique pendant une période déterminée par la belle-famille, période jugée suffisante pour faire le deuil de son mari. Cependant, la veuve qui ne se sent pas capable d’entretenir une couleur aussi difficile peut se vêtir de bleu. A la fin de cette période de deuil qui peut dépasser un an, on organise une cérémonie pour annoncer à toutes les connaissances qu’on cesse de porter du bleu ou du blanc.

Par ailleurs, une veuve ne doit surtout pas se vêtir de pantalons. C’est un affront à la mémoire de son mari. C’est dire : «je suis libre et à nouveau sur le marché». Pas la peine d’ailleurs. La vraie veuve est déjà l’épouse du frère choisi pour elle. Attention, il ne s’agit pas de célébrer une autre union civile avec le beau-frère hein. On considère seulement que c’est une suite, relativement à la dot versée par le mari défunt lors du mariage. Autrement dit, doter une femme équivaut pour sa belle-famille à l’avoir pour toujours.

Une vraie veuve ne sera jamais suspectée d’avoir « tué » son mari pour devenir une veuve joyeuse

Etant donné qu’on meurt généralement pour une raison mystique, la veuve est toujours la première  suspecte de la mort de son mari. En fonction de son comportement du vivant de celui-ci et après sa mort, la belle-famille peut la « récompenser » par un « lavage » par un frère du défunt. Une amie dès la mort de son mari s’était précipitée dans leur demeure de Kye-Ossi, dans le Sud Cameroun, pour récupérer les titres fonciers de tous les immeubles du couple. Du coup, sa belle-famille a tenté de la forcer à manger le corps de son mari, au sens littéral. Il a fallu une intervention de la police pour la sécuriser pendant toute la cérémonie d’enterrement. Elle a fait le choix de vivre avec l’étiquette de « veuve joyeuse ». Des cas comme celui-ci sont très nombreux.

Pour une mère au foyer par contre, il est crucial de toujours respecter la belle-famille. Dans ses calculs, elle se demande toujours : «qui d’autre va accepter de s’occuper de mes enfants?».

Ahhhh, nos chers veuves, on a fini par leur consacrer une journée internationale (le 23 juin), sans doute pour magnifier tous ces calculs qui filent la migraine.

 

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Article : Cameroun : code pénal, infractions  et lien de famille
Droit camerounais
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30 septembre 2016

Cameroun : code pénal, infractions et lien de famille

L’infraction pénale désigne une atteinte aux lois pénales sanctionnée par une peine d’amende, d’emprisonnement ou de mort, doublée dans certains cas de la confiscation des objets ayant servi ou facilité la commission de l’infraction, de la fermeture du lieu de la commission de l’infraction et du prononcé des interdictions à l’encontre de l’auteur et/ou des coauteurs et complices. L’application des sanctions est la conséquence de la reconnaissance de culpabilité, mais celle-ci n’est pas prononcée toutes les fois qu’une personne commet une infraction. Il faut en plus, pour être reconnu coupable, que les circonstances de la commission de l’acte soient telles que la personne concernée puisse être considérée responsable de l’acte commis aux yeux de la loi. Le lien de famille fait partie des circonstances qui, pour certaines infractions, soit libère de la responsabilité pénale, soit aggrave la responsabilité, soit encore la réduit.

Lien de famille et absence de responsabilité pénale

Dans un premier temps, le lien de famille exonère totalement de la responsabilité pénale. De ce fait, les infractions de vol simple, d’abus de confiance simple et d’escroquerie simple ne sont pas retenues entre conjoints, entre ascendants et descendants légitimes ou adoptifs, entre ascendants et descendants naturels jusqu’au 2ème degré s’ils vivent ensemble ou sont reconnus, à l’encontre du veuf ou de la veuve pour les biens de 1ère nécessité ayant appartenu au conjoint prédécédé. Il est de bonne méthode de définir tout d’abord ces infractions. Les éléments qui aggravent le vol et qui font qu’aucune cause d’irresponsabilité pénale ne soit envisageable sont l’utilisation de la violence, d’une arme, d’une fausse clé (ou de la vraie clé sans autorisation du propriétaire), d’un véhicule automobile (pour le déplacement des objets volés par exemple), l’entrée par effraction et l’escalade. Le vol est dit simple si aucun de ces détails ne ressort des circonstances de l’infraction. Il n’y a donc pas de vol simple entre mari et femme (et non entre fiancés, même s’ils vivent sous le même toit). Un fils (ses descendants…) ne peut être condamné pour un vol simple commis à l’égard de son père (ou ses ascendants).

Les éléments aggravants de l’abus de confiance et de l’escroquerie sont les mêmes. Ces infractions sont dites aggravées lorsqu’elles sont commises par un avocat (si un père est financièrement abusé par son fils alors qu’il était censé assurer sa défense, le lien de famille ne protège plus le fils), notaire, commissaire priseur, huissier, agent d’exécution ou agent d’affaires au préjudice de son client, également par des personnes faisant appel au public (le cas par exemple des personnes qui utilisent les médias pour faire croire à un recrutement alors qu’il s’agit d’une escroquerie. Si le conjoint ou un ascendant se voit extorqué de cette manière, l’auteur de l’infraction ne pourra plus bénéficier de la protection légale qu’est l’existence du lien de famille), également par un employeur au préjudice de son employé et vice versa. Si l’escroquerie ou l’abus de confiance a eu lieu dans le cadre des relations de travail entre mari et femme, ascendants et descendants, le lien de famille cesse de protéger l’auteur de l’infraction. Vous vous doutez certainement qu’il faut que le lien de travail soit véritable (existence d’un contrat de travail, subordination véritable de l’employé à l’employeur, rémunération véritable) et non une simple collaboration professionnelle non rémunérée comme on l’observe dans de nombreuses familles. Qui plus est, l’infraction de violation de correspondance n’est pas retenue lorsqu’elle est commise par les parents sur la correspondance de leurs enfants mineurs ou par un époux sur celle de son conjoint.

Lien de famille et aggravation de la responsabilité pénale

Dans un 2ème temps, le lien de famille constitue une circonstance aggravante lorsqu’un meurtre, des blessures graves ou des coups mortels sont commis sur ses père et mère légitimes, naturels ou adoptifs ou sur tout autre ascendant légitime. Ici, les sanctions appliquées sont plus graves.

Lien de famille et atténuation de la responsabilité pénale

Dans un 3ème temps, le lien de famille constitue une circonstance atténuante en cas de meurtre ou d’assassinat d’un nouveau-né, dans le mois de la naissance, par sa mère. Ici, la peine appliquée est réduite.

      NB : les causes d’exonération de responsabilité pénale, les circonstances aggravantes et atténuantes ne s’appliquent pas aux complices et coauteurs qui ne sont pas de la famille de la victime. Ainsi, alors que vous avez soustrait ou extorqué de l’argent au père d’un ami, en complicité avec celui-ci, vous obtiendrez entre 5 et 10 de réclusion, tandis que votre ami sera purement et simplement remis en liberté. Vous obtiendrez une peine plus élevée qu’une dame que vous avez aidée à assassiner son nouveau-né. Celui qui vous aide dans le meurtre de votre père obtiendra une peine moins élevée que la vôtre.

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Article : Attention, Aliou a obtenu son permis de conduire
Billets
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24 septembre 2016

Attention, Aliou a obtenu son permis de conduire

D’abord, c’est vrai ce qu’a dit Ecclésiaste Deudjui. Au Cameroun, on obtient son permis avant d’apprendre à conduire. Ensuite, je vous raconte l’histoire de Aliou, mon voisin, et de son apprentissage de la conduite.

Aliou est un homme tête en l’air

Aliou est un homme avec beaucoup de problèmes. Son épouse est décédée à la fleur de l’âge, le laissant avec leurs 5 enfants à élever. Le chagrin a fait de lui un homme désorienté et très très très peu sûr de lui. Il oublie tout partout. Lorsque tu parles avec lui, tous les mots que tu prononces lui rappellent une chose oubliée quelque part. Tenez! Un jour pendant que nous bavardions à l’Agora (c’est comme çà qu’on appelle le parlement de mon quartier), une vendeuse d’avocats est passée près de nous. Le gars s’est souvenu qu’il en a achetés quelques uns 2 semaines auparavant et qu’il les a conservés dans un tiroir de sa cuisine. Imaginez vous-même si ces avocats seront encore en état d’être consommés! Un autre jour, il s’est souvenu avoir oublié des beignets de farine dans son sac à dos depuis 2 jours. Un jour encore, il a oublié le repas en cuisson sur le réchaud à gaz et est allé dormir. Bref, c’est un homme tête en l’air.

Aliou a décidé d’apprendre à conduire

Aliou décide un jour de se mettre à la conduite. Il obtient d’ores et déjà son permis, comme ça se passe. Il faut à présent apprendre à conduire. Il fait alors appel à un ami du coin qui a une voiture. Lui donner des cours s’est avéré être un véritable parcours de combattant. Non seulement il ne parvient pas à mémoriser les différentes manettes du véhicule, mais il veut apprendre à conduire pieds nus. Avec les chaussures, la voiture ne lui serait pas « sensuellement » perceptible. Manœuvrer alors relève pour lui de la sorcellerie. Lorsqu’il y parvient un peu, il a si peur des rigoles et caniveaux qu’il roule pratiquement dans le sens interdit. Même les milliers de klaxons derrière lui ne le convainquent jamais de se ranger sur le côté pour laisser passer les autres.

Aliou a de toute façon déjà son permis. Je le vois finalement au bord de sa Toyota Avensis un jour. Je suis si choquée que des personnes meurent sur nos routes à cause des Aliou qui veulent à tout prix être véhiculés. Un type qui sort de son véhicule tous les jours en oubliant systématiquement de fermer la portière. Un type qui gare ou fait un débordement avant de se rappeler qu’il devait actionner le clignotant…

La morale de l’histoire

Les permis de conduire sont délivrés à la va vite. Les moniteurs des auto écoles avancent au rythme de l’apprenti qui vient un jour et zappe le lendemain. Il sait qu’il apprendra par la suite au quartier, avec son permis en poche.

Nous devons prendre conscience chacun à son niveau que les mauvaises attitudes et habitudes ont des répercutions sur tout le monde. La blogueuse camerounaise Carole Leuwé nous le montre fort bien, ICI. Un moniteur devrait donner son avis, lorsqu’il est défavorable, avant l’attribution du permis à un usager. Une enquête de moralité devrait être faite sur la personne. C’est possible. Ce serait utile et sauverait des vies. La conduite n’est pas une aventure. C’est sérieux!

Des Aliou, nous n’en voulons plus.

#StopAuxAccidentsRoutiers

Ma contribution.

 

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Article : Témoignage d’un séjour à l’hôpital (2) : mes rencontres avec la mort
Rencontres
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19 septembre 2016

Témoignage d’un séjour à l’hôpital (2) : mes rencontres avec la mort

C’est bien connu ! L’hôpital est le lieu le plus indiqué si on veut comprendre tous les malheurs du monde. Tous les hasards et barbaries de la terre viennent y échouer. D’un côté, on sauve le coup et on redonne la vie. D’un autre côté, on constate la mort et la vie n’est plus. Mon séjour dans un de nos hôpitaux pendant que je donnais la vie m’a permis d’en apprendre plus sur la vie et la mort.

Je me remets peu à peu de 24 heures d’immobilisation après une césarienne réussie. L’infirmier major m’informe que je dois me lever et faire quelques pas. Je ne savais pas que c’était possible après seulement 24 heures. J’ai cette grande entaille sur le bas du ventre qui me fait un mal de chien, mais si je veux me remettre plus vite, je dois suivre les conseils des infirmiers. Le corps baissé par crainte de faire saigner mon pansement, j’avance doucement dans les couloirs du service de chirurgie. Des gens s’affairent çà et là, chacun son souci. Je grimace de douleur. Cependant, mes oreilles sont attentives aux problèmes des autres. Ils m’ont tout de suite l’air plus difficiles à surmonter que les miens. Comme je devais faire de tels petits pas dans le couloir régulièrement, je décidai d’en revenir à chaque fois avec quelque chose à raconter dans mes écrits.

Une jeune femme meurt en donnant la vie

J’ai fait la connaissance de cette femme à la maternité le jour où j’y ai été admise. Elle avait les contractions depuis 24 heures. Le col de l’utérus était complètement dilaté, mais le bébé ne venait pas. J’entendais l’infirmière lui dire que le bébé était en souffrance. Le médecin était venu lui expliquer quelques heures avant mon arrivée qu’elle ne pouvait pas donner naissance par voie basse. C’était un cas de disproportion céphalopelvienne comme le mien. En bref, le verdict du médecin était clair : la tête du bébé étant plus grosse que le bassin osseux, une césarienne devait être pratiquée sans plus attendre.

Cette femme de 34 ans, déjà mère de 4 enfants, avait refusé d’envisager la césarienne (c’est pourquoi je l’avais trouvée en souffrance à mon arrivée à l’hôpital). Elle ne comprenait pas comment elle avait pu accoucher « normalement » quatre fois de suite, et qu’on lui dise cette fois-ci qu’elle devait être opérée. Je me souviens l’avoir entendu dire à mon égard, alors que je me dirigeais vers le bloc opératoire : «elle vient d’arriver avec ses petites douleurs (j’étais en travail depuis 6 heures de temps seulement) et elle accepte de se faire opérer ? Moi je préfère mourir plutôt que d’accepter l’opération, parce-que les sorciers de mon village me guettent pour m’achever sur la table d’opération. Jamais !»

J’arpentais donc tout doucement les couloirs de la chirurgie lorsque subitement des femmes se mirent à pleurer et se roulèrent par terre. «C’est fini ohhh ! C’est fini ! Ils l’ont eue. Ils l’ont achevée», disaient-elles en pleurant. Des bouches murmuraient déjà ce qui était arrivé à la dame qu’on pleurait. «C’est une dame qui est morte sur la table d’opération», entendis-je près de moi. Qu’a-t-il bien pu lui arriver ? L’infirmier major m’expliqua alors qu’il s’agissait de la dame qui refusait depuis 48 heures de subir une césarienne. Les contractions, de plus en plus douloureuses, doublées de la tension en nette augmentation, ont provoqué une crise d’éclampsie. Les médecins ont dû alors préparer le bloc pour extraire le bébé. La mère est malheureusement décédée dès l’entrée dans la salle qui lui faisait si peur. La mort de cette femme m’a fait réaliser à quel point la frontière entre la vie et la mort est mince et comment prendre une décision utile à temps peut sauver une vie.

Un enfant meurt étouffé par un aliment

L’hôpital était calme cet après-midi là. Trois jours que j’avais subi ma césarienne et j’avais désormais assez de force pour me balader jusqu’au service de pédiatrie situé à quelques mètres de l’entrée de l’hôpital. Tandis que je raccompagnais une amie jusqu’au portail de l’hôpital, une voiture se gara brusquement et une femme en sortit avec un enfant d’environ 10 mois dans les bras. Elle s’écriait de toutes ses forces : « sauvez mon enfant, s’il vous plait ! Il s’étouffe. » Une infirmière du service des urgences lui prit l’enfant dans les bras en lui demandant si elle savait ce qui l’étouffait ainsi. La dame jura que non. L’infirmière s’affaira à lui sauver la vie, en lui introduisant une sonde, je crois, dans la gorge. L’enfant vomit du coup quelque chose de pâteux et d’une blancheur étonnante. A la vue du vomis, la mère se souvînt que son fils jouait près d’une cuvette pleine de farine de manioc.

Vous vous souvenez peut-être que j’ai récemment publié un billet Journal d’une mère au foyer, dans lequel je vous parlais de cette manie que nous avons de tout laisser traîner, au détriment de la santé et de la sécurité des plus petits, qui testent tout avec leur bouche. Eh bien, cette maman là faisait partie de ces femmes qui laissent tout traîner, y compris des aliments solides comme la farine de manioc. C’est une farine obtenue à base de tubercules de manioc trempés, découpés en petits morceaux et séchés, avant d’être écrasée. Elle est conservée de préférence en morceaux, qu’on écrase le jour où on veut la cuisiner. Ces petits morceaux séchés présentent un degré de dangerosité avancé pour un bébé. La maman l’a appris à ses dépens ce jour-là. Son fils finit par mourir étouffé.

Là je dois avouer que cette mort ci m’a fait plus de peine que la première. L’événement m’a poussé à me terrer dans la salle d’hospitalisation pour le reste de la journée et de mon séjour.

Une femme qui meurt de suffocation

Lors de ce riche séjour, je suis allée de rencontres en rencontres. Arrive le 5ème jour, il est prévu que je regagne la maison mais je tombe encore nez à nez avec la mort. Mince ! Lorsque je suis sur le point de passer le portail de l’hôpital, je vois deux gaillards qui portent une dame visiblement inconsciente. « Elle s’est évanouie dans sa boutique. Elle s’est évanouie, je vous dis. Elle ne respire plus. » L’un des hommes qui la portaient était nettement plus affolé que l’autre. C’est lui qui criait ainsi pour ameuter les infirmières qui avaient pris leur pose. Il était 13 heures et 30 minutes. Je me demande encore aujourd’hui comment les infirmières d’un service d’urgences peuvent prendre leurs poses toutes au même moment.

L’homme criait donc si fort qu’un infirmier sorti de nulle part vint s’enquérir de ce que la dame avait. Il comprit que c’était grave. Je le sus parce qu’il fronça le visage. La dame fut transportée dans la salle des urgences proprement dite. L’infirmier sortit 5 minutes après pour annoncer sa mort aux hommes qui l’avaient emmenée. Pendant qu’ils laissaient éclater leur peine, je m’attelais à glaner des informations sur les causes de sa mort. Il fallait vraiment que j’en ai plus à vous raconter.

La dame était propriétaire d’une cafétéria en face de l’hôpital. Très bon emplacement pour ce business. Un achalandage important, des malades, mais aussi une grande clientèle de médecins, infirmiers, sages-femmes… La dame faisait aussi restaurant l’après-midi. Elle travaillait ainsi depuis une dizaine d’années. Dix ans au contact de la chaleur. Elle avait été cambriolée par des hors la loi sans scrupule quelques semaines avant sa mort, cela l’avait décidée à sceller la fenêtre par laquelle ils étaient passés pour pénétrer dans la boutique. En le faisant (et sans le savoir), elle empêchait ainsi l’air de sa boutique habituellement très chaude de se renouveler à souhait. Le jour de sa mort, le soleil était très chaud. Elle a fini par s’évanouir dans sa boutique où elle fut découverte par un client venant se régaler devant un plat de Bongo Tchobi.

J’en avais assez entendu. Je montai finalement à bord du taxi que j’avais appelé et qui commençait à s’impatienter.

Prendre les bonnes décisions, avoir les bons gestes, c’est crucial.

Des rencontres avec la mort, j’en ai eues lors de ce séjour pendant lequel j’ai donné la vie. La vie est ainsi faite. Il y a la vie et il y a la mort.

 

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Article : Sous l’emprise d’un « bonbon » pasteur
Rencontres
5
13 septembre 2016

Sous l’emprise d’un « bonbon » pasteur

«Il y a des bons pasteurs et des bonbons pasteurs. La bouche sucrée, il prêchait comme jésus. Mais ne soyez pas surpris! Vous-même vous le savez. Y a des gens à Abidjan qui ne peuvent pas voir église passer». Ce refrain d’une chanson autrefois célèbre venant de la Côte d’Ivoire n’a jamais cessé de résonner dans la tête. Des gens qui ne peuvent pas voir église passer, on n’en trouve pas qu’à Abidjan malheureusement. Il m’arrive régulièrement de vérifier près de chez moi au Cameroun ce qui est dit dans la célèbre chanson. En effet l’arrivée massive des églises dites « de réveil », mais que nous appelons volontiers « églises réveillées », a dévoilé une catégorie de citoyens faibles d’esprit. Des personnes tellement fragiles qu’elles croient qu’un être humain peut les conduire à la droite de Dieu.

Les meneurs de ces églises de réveil trouvent leur arme dans la manipulation des consciences. Maîtres dans l’art de la stratégie et de la démagogie, se disant inspirés par Dieu, ces hommes réussissent à amener des personnes visiblement saines d’esprit à s’immoler par le feu pour rejoindre Dieu. Chose surprenante, les adeptes de ces églises n’accordent aucun crédit aux mises en garde données à travers les médias. Des informations passent en boucle à la télé, avec images à l’appui, mais ces adeptes n’en ont rien à foutre. Elles sont convaincues d’être sur le seul vrai chemin pour parvenir à Dieu.

L’histoire de ma voisine Kuinkam

Kuinkam fait partie de ces personnes qu’un meneur d’une église dite des « vrais et uniques enfants de Dieu » a réussi à entraîner dans sa folie. Elle est femme au foyer, mère de 5 enfants. Le dernier a tout juste un an. Son mari travaille à des centaines de kilomètres de leur maison et ne réside par conséquent pas avec sa famille. Loin des regards et du cœur de son mari, elle a réglé son horloge journalière sur celle de son église. Son « prophète » organise des séances de prière tard dans la nuit. Partie tous les soirs de sa résidence vers 18 heures avec son plus jeune enfant, elle n’y revient que vers 5 heures du matin, laissant ses autres enfants passer la nuit seuls, sans surveillance. Selon elle, ses enfants dorment avec Dieu dans la maison pendant qu’elle se rend à ses séances de prière nocturnes avec le même Dieu. Dieu n’est-il pas omniprésent de toutes les façons?

les femmes en avant lors des prières nocturnes. Elles sont très nombreuses, des Kuinkam.
les femmes en avant lors des prières nocturnes. Elles sont très nombreuses, des Kuinkam.

Kuinkam mène une vie solitaire. Elle vit repliée sur elle-même et n’adresse plus la parole qu’à son pasteur et autre fidèles de son église. Famille, voisins, amis et autres connaissances ont été mis sur liste rouge. Elle est désormais convaincue que le diable se cache parmi ces personnes. Elle n’a plus jamais, je dis bien jamais, dévoilé le joli sourire qu’elle arborait avant avec nous, ses amies mères au foyer. J’ai retourné la chose plusieurs fois dans ma tête. Je me suis résolue à me dire que ce n’est pas de sa faute.

Délaissée par son mari, elle a trouvé refuge dans les bras de son pasteur et de Dieu

Non, ce n’est pas de la faute de Kuinkam si elle s’est laissée dérouter par cet homme dit pasteur. A un moment de sa vie où elle escomptait beaucoup d’amour de la part de son mari, ce dernier a trouvé du boulot dans une autre région du pays d’où il ne revient que tous les 3 à 4 mois. Elle se sentait seule et le pasteur de son église y a trouvé une brèche. De fil en aiguille, le pasteur s’est installé dans sa vie. C’est lui qui lui dit avec qui elle doit communiquer, qui elle doit même regarder. Il l’amène à éviter les personnes susceptibles de la dérouter de leur Dieu si prenant. La vérité c’est que le meneur pousse les adeptes à vivre coupés de leurs anciennes connaissances car ces dernières ne trouveront pas normal le changement radical de mode de pensée et de vie observé. Le meneur pour continuer de faire passer sa pilule a besoin de maintenir ses adeptes dans une sorte de dormance et de latence.

cette femme sait que ce pasteur est son seul moyen pour résoudre ses multiples problèmes
cette femme espère une délivrance. Elle est persuadée que ce pasteur est le seul moyen pour résoudre ses multiples problèmes

Comment comprendre en effet qu’une personne encore lucide puisse confier les clefs de sa maison, les coordonnées de son compte bancaire, les clefs de voitures à un pasteur rencontré il y a peu?

Ce qui est arrivé à Kuinkam arrive tous les jours à de nombreuses personnes, surtout des mères au foyer. La raison est que les femmes sont plus enclines à écouter des gens qui leur promettent le ciel dans leur vie de tristesse et de douleur. Elles ressentent constamment le besoin d’être cajolées, chouchoutées, rassurées. Les mères au foyer croient à ces pasteurs comme elles croient aux marabouts de chez nous, et je ne parle pas des oiseaux là. Les blancs pourraient les appeler les médiums, ces gens-là qui lisent votre avenir sur des cartes, ou qui vous font croire qu’on peut lire l’avenir d’un être humain. Mais les marabouts utilisent plusieurs objets divers pour vous lire l’avenir et prédire le mal absolu et la mort certaine jusqu’à ce que vous vous résolviez à leur donner de l’argent pour changer cet avenir. Lorsque je parle de marabouts, je sais un peu de quoi je parle.  Le cousin marabout de ma mère, voyant que je suis devenue une mère au foyer, a récemment voulu tester son venin sur moi. Imaginez-vous tranquille chez vous, que votre frère que vous respectez vous appelle pour vous dire que vous avez été empoisonné, que vous allez mourir dans un mois grand max, et que si le poison ne vous tue pas, vous mourez des suites d’un accident de la circulation! Voilà! C’est de ça que je parle, cette façon d’utiliser la peur, surtout de mourir, pour endoctriner des centaines de personnes. C’est le point commun entre les pasteurs des églises dites de réveil et les marabouts. Dès que vous croyez fort que vous serez victime d’un accident de la circulation, vous avez peur de circuler dans la rue et êtes obligé de vous remettre à Dieu ou au marabout, ou aux 2 pour certains. Et c’est bien dommage!

En réalité, l’Etat a démissionné de la protection de ses citoyens

Pour moi, le plus grand fautif c’est l’Etat. D’un côté, un pasteur a son visage placardé sur une surface de 6 mètres carrés, à 10 mètres du sol, dans tout le pays. D’un autre côté, le mal être des populations est tel que : soit tu développes assez de cran pour aller mourir ou te faire cueillir à Lampédusa par des pêcheurs têtus qui ne respectent pas la loi, soit tu t’en remets au marabout de ta famille qui connait le nom de celui qui te maintient dans ta pauvreté, soit encore tu suis un bonbon pasteur manipulateur qui utilises Dieu pour te contrôler et t’extorquer le peu que tu possèdes.

Des personnes faibles d’esprit existent partout. L’Etat devrait prendre certaines mesures pour les protéger des prédateurs tels que les meneurs de nombreuses églises. Corser par exemple les conditions d’ouverture de ces églises par la vérification de la moralité des pasteurs est possible, puisque les gars fouillent grave sur toi quand il s’agit de recruter dans l’armée. On pourrait aussi légiférer que les pasteurs ne devraient pas recevoir des fidèles au-delà de certaines sommes d’argent, où que les personnes âgées devraient faire approuver leurs dépenses dans ces églises par leurs enfants majeurs…Notons surtout que des fragiles gens sombrent dans la dépression pour des raisons tellement variées qu’elles ne devraient pas être livrées à elles-même dans la vie, face à ces gourous.

Moi je dis aussi ce que je pense hein. D’ailleurs, j’ai dit au cousin de ma mère, manipulateur sadique, d’aller chasser ailleurs. Je jouis encore de toutes mes facultés mentales. Ce qui n’est pas le cas de Kuinkam qui a commencé à prier partout : en prenant sa douche, sur le chemin du marché… Lorsque tu la regardes, elle fronce le visage comme pour dire « halte à toi, démon! ». Je crains qu’elle ne sombre dans la folie.

Ces pasteurs de folie en folie, partout dans le monde : un pasteur nigérian embrasse les fesses nues de ses fidèles

un pasteur américain prêche nu et encourage ses fidèles à venir nus aux réunions

Un pasteur sud-africain prêche dans un cercueil

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Article : Lettre à ma coépouse
Tristesse
5
7 septembre 2016

Lettre à ma coépouse

«Stp, laisse « notre mari » rentrer à la maison! C’est la rentrée scolaire! Les enfants n’ont toujours pas été inscrits».

La coépouse désigne l’autre épouse de mon mari, dans un mariage polygamique. Le mari s’y sent comme un roi. Il fait le tour des différentes résidences de ses femmes à un rythme qu’il choisit en fonction de plusieurs paramètres. Si les résidences sont distantes les unes des autres, le mari peut passer une semaine, voire plus, chez chacune de ses épouses. Si les résidences constituent juste des chambres dans la même grande maison, le mari peut passer une ou deux nuits chez chacune de ses femmes. Lorsqu’une femme a accepté d’être dans ce type de mariage, elle multiplie les artifices pour passer plus de temps avec son époux, tout pour léser les autres femmes, ses coépouses.

Dans la culture africaine, celle qui n’est pas corrompue par les mots occidentaux tels que l’envie et la jalousie, chacune des femmes respecte la relation du mari avec les autres. Toute femme mariée sait qu’à tout moment une coépouse peut venir remettre en question l’harmonie de son couple. Une femme africaine, une vraie, sait qu’elle ne peut s’opposer à l’arrivée d’une coépouse. D’ailleurs, dans les coins où la femme doit faire les champs pour nourrir la famille, tandis que le mari lit son journal en buvant son vin de palme ou de raphia, il peut être surprenant pour les esprits non avertis de voir une femme souhaiter l’arrivée d’une coépouse pour alléger les travaux champêtres. De même, la femme qui ne souhaite plus avoir d’enfant cherche elle-même celle avec qui son mari devra continuer à en faire.

La maîtresse ou 2ème bureau : une coépouse à part entière

Ce qui est surprenant dans la conception de la polygamie c’est qu’on considère aussi comme coépouse la maîtresse attitrée du mari. La femme cocue sait que c’est elle la fautive. C’est elle qui a poussé son mari dans les bras d’une autre femme. Elle a par conséquent intérêt à accepter la nouvelle situation qui s’impose à elle, si elle ne veut pas être abandonnée. L’épouse connait le domicile de sa coépouse illégitime. Elle respecte les jours que son époux y passe. La situation est encouragée par la société. Ce qui donne souvent des ailes à la maîtresse qui use de stratagèmes pour devenir l’épouse, la légitime. La maîtresse n’a pas autant de patience que sa coépouse légitime. Elle n’en a rien à faire des allées et venues du mari chez l’autre femme.

Lorsqu’une mère au foyer se fait finalement voler l’homme qui s’occupe d’elle financièrement, elle en vient à supplier sa désormais coépouse de le lui laisser par moment, surtout lorsqu’il s’agit de payer les factures. Quatre jours après la rentrée scolaire du 5 septembre dernier, elle se résout à adresser cette lettre à sa coépouse, le nœud dans la gorge.

 «Ma sœur, mon amie, je sais que notre mari a choisi de passer désormais toutes ses nuits chez toi. Je sais que par le passé je t’ai rendu la vie difficile. Puisse Dieu fendre ton cœur et y mettre la force de me pardonner ! Ceci est le cri d’une femme qui souffre. Tu es une femme. Et je sais que tu ne permettrais pas que je subisse ce que tu ne voudrais pas subir toi-même. C’est vrai que tu as des enfants aussi avec notre mari. Mais mes enfants sont lésés depuis plusieurs mois. Ils ne voient plus leur père. Ils sont insuffisamment nourris, faute de moyens. Voici déjà 4 jours que leurs camarades vont à l’école. Je commence sérieusement à me demander si notre mari a l’intention de payer leur scolarité. Le bailleur commence désormais sa journée en menaçant de me mettre à la porte. S’il te plait, ma chère coépouse, tu sais que notre mari a les moyens de s’occuper de nous tous. Demande lui de m’envoyer de l’argent pour ses enfants!

Je te promets que je ne mettrai plus en doute l’amour qui vous unit. Je ne te demande pas de lui dire de revenir vers moi. Je sais que ce serait mission impossible. Je te conjure juste d’intercéder en ma faveur pour que nos enfants aillent à l’école. Tu sais, ce sont nos enfants, ce sont TES enfants. Si je pars avant toi, c’est toi qui sera leur tutrice. Ne les laisse pas tomber! Fais quelque chose pour TES enfants, STP!»

Suppliée comme çà, la coépouse illégitime se voit pousser des ailes. Elle sait qu’elle n’est pas légalement unie à l’homme qu’elle aime. Cependant, elle sait aussi que le vrai problème c’est de savoir qui profite de la présence et des revenus du mari.

Si vous trouvez çà improbable, c’est que vous n’avez pas encore compris de quoi je parle. Cette souffrance incessante qui est celle des mères au foyer chez nous.

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Article : Témoignage d’un séjour à l’hôpital (1) : le jour où j’ai donné la vie
Billets
4
30 août 2016

Témoignage d’un séjour à l’hôpital (1) : le jour où j’ai donné la vie

Ce séjour a duré une semaine. Une semaine de joie et de colère en même temps.  Une semaine pleine de surprises et de découvertes. Une semaine de rencontre avec la vie.

Tout commence 2 semaines avant mon admission à l’hôpital lorsque le médecin m’annonce que je vais devoir subir une césarienne parce que le bébé que je porte en mon sein est très gros. Il fixe alors une date à laquelle je dois venir subir l’intervention chirurgicale. Le bébé décide de venir 5 jours avant. Je perds les eaux à un moment où je m’attendais le moins car j’étais encore à 2 semaines de la date présumée d’accouchement. Je n’avais pas encore réuni la somme d’argent qu’il fallait avancer pour pratiquer la césarienne. Cependant, je ne vais pas rester à la maison avec le liquide amniotique qui me mouille. J’arrive à l’hôpital vers 2 heures du matin ce vendredi là, en appréhendant ce qui allait m’arriver sans un sous en poche.

1ère surprise, 1ère colère : mon mari n’avait aucun sous en poche, pas un seul radis

Lorsque nous arrivons à l’hôpital, les infirmières appellent le médecin qui m’a suivie pendant toute la grossesse. Il n’est pas disponible car il savait qu’il allait s’occuper de moi dans 5 jours, pas maintenant. On appelle un autre médecin qui accepte de prendre mon cas en charge. A son arrivée à l’hôpital vers 6 heures du matin, je lui explique que c’est une césarienne programmée et qu’elle (le médecin en question était une dame) doit régler les détails financiers avec mon époux qui attend sur un banc dans le couloir qui longe la maternité. Lorsqu’elle lui demande s’il a déjà acheté tout le nécessaire pour aller au bloc opératoire, il lui demande s’il faut vraiment opérer.

2ème surprise, 2ème colère  : c’est seulement à cet instant là que mon mari comprend qu’on va vraiment m’opérer

C’est exactement ça les hommes. Un professionnel de la santé te fait savoir que ta femme va devoir subir une césarienne. Tu restes dans ta bulle à espérer un miracle de tes ancêtres, jusqu’au jour où ta femme perd les eaux. Tu n’as pas pris la peine de réunir la somme nécessaire pour pratiquer l’intervention. Et après, tu t’étonnes lorsqu’on te le demande. L’homme d’autrui court de tout son souffle vers la banque, fait le pied de grue jusqu’à 9 heures et effectue un retrait conséquent. Donc, il avait quand-même des économies.

Je suis admise en salle d’opération vers 10 heures ce vendredi là. J’ai l’occasion de vérifier ce qui me semblait jusque là anormal.

Découverte hallucinante : Ce n’est pas que dans « Grey’s Anatomy » que les chirurgiens ont des conversations hors sujet pendant l’intervention

L’anesthésiste avait constaté que j’appréhendais plutôt bien le fait de subir cette intervention chirurgicale et a proposé de me faire une anesthésie locorégionale. Il voulait, m’a-t-il dit tout souriant, me donner la chance de dire comment je me sentais au fur et à mesure que les chirurgiens pratiquaient la césarienne. J’ai alors confirmé que chez les femmes, il n’y a pas de lieu pour le kongossa, comme dans « Grey’s Anatomy ». A peine elle avait saisi le bistouri que la respectable docteur, en complicité avec sa gentille collègue, se lança dans une causerie à couper le souffle.

1- passe-moi le bistouri stp!

2- comme je te disais là, depuis le jour où tu es venue ici avec ta Hummer, elle s’est calmée un peu (je comprends très vite qu’elle parle de leur collègue de service qu’elle juge trop impertinente).

1- elle croyait qu’elle peut se mesurer à moi? elle compte sur son salaire et sa petite clinique de sous quartier et sans patientes, alors que moi, mon mari vend les voitures.  Je peux prendre celle que je veux pour venir ici.

2- elle t’a tellement regardée ce jour-là. Elle était dépassée.

1- (interloquée car elle a sans doute fait un mauvais maniement de la lame), j’ai failli blesser l’enfant-là, tellement il était déjà tout près de la voie de sortie. Heureusement qu’il a beaucoup de cheveux!

(Continuant son kongossa comme-ci de rien n’était) C’est comme ça que quand je travaillais encore à l’hôpital X, j’avais une collègue qui voulait toujours qu’on sache qu’elle est là. Mais je l’ai remise à sa place. Tu sais que quand une collègue fait des bêtises, le jour où elle n’est pas disponible, tu refuses de prendre ses patientes. Comme les femmes enceintes aiment grogner là, on saura qu’elle est absente. Et elle ira s’expliquer devant le directeur de l’hôpital.

(Après une quinzaine de minutes et s’adressant à moi) Félicitations Madame, vous avez fait un beau garçon. Lui avez-vous déjà trouvé un prénom? Si non, je vous suggère de lui donner un prénom biblique car il a échappé au Bistouri grâce à ses cheveux, c’est le miracle de Dieu!

Une trentaine de minutes plus tard et après extraction du placenta et autres manœuvres :

(S’adressant de nouveau à sa collègue) Suturons-là rapidement! Je vais te laisser finir. Je vais aller prendre ma « bière du travail » à son mari dehors.

Et oui, après avoir avancé les frais exigibles pour commencer l’intervention, il faut prévoir la « BIÈRE » du chirurgien

Mon mari fait les 100 pas dans le couloir. La porte du bloc opératoire s’ouvre. Alors qu’il s’attend à me voir sortir sur le brancard, la chirurgienne s’approche de lui, l’air sérieux, tout en retirant son chapeau de service, signe que l’intervention est terminée. Là, c’est lui qui me raconte par la suite. Il voit toute sa vie défiler devant lui en à peine 15 secondes. Il se pose toutes les questions qu’on puisse se poser en pareille circonstance. Surtout, si l’opération s’est bien déroulée, pourquoi la chirurgienne ne sourit-elle pas un peu? L’homme retient son souffle pendant les 15 plus longues secondes de sa vie. Le temps s’est arrêté pour lui. Le pire c’est de pouvoir expliquer à ma famille ce qui s’est passé. Comment va-t-on dire au père de sa femme qu’en lieu et place de la dot tant attendue et de la célébration civile de l’union, on lui ramène le corps de sa fille?

La chirurgienne : où est le mari de la dame qui est au bloc?

Mon mari (s’adressant à ma tante qui attendait avec lui) : maman, va écouter ce qu’elle va dire.

Elle : Non, je veux parler au mari.

Lui : (terrifié, muet comme une carpe et tremblant comme une feuille)

Elle : Tu sais que vous m’avez empêchée d’aller déposer ma fille à l’école le matin? J’ai du accourir ici pour m’occuper de ta femme. Et tu vas voir que je lui ai fait un type d’incision à la une de nos jours. C’est l’incision dite du BIKINI qui ne laisse voir aucune cicatrice sur le ventre. Donc, s’il te plait, donne-moi la bière du travail!

 Le gynéco-obstétricien de votre femme vous joue cette carte. Votre femme est encore au bloc opératoire pour une raison inconnue. A la place de mon mari, que faites-vous ?

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Article : Journal d’une mère au foyer
Billets
17
2 août 2016

Journal d’une mère au foyer

Je sens que j’aurais du commencer par là. Quoi de mieux décrire la journée-type d’une mère au foyer pour commencer un blog qui lui est consacré ?

Je ne sais pas ce qu’il en est pour les mères à l’étranger, mais je sais d’expérience qu’une mère au foyer chez nous ne tient pas de journal. Pour la plupart, elles sont trop épuisées pour le faire. Certaines ne sauraient même pas le faire car elles n’ont pas les outils nécessaires. Elles n’écrivent aucune des langues qu’elles parlent : ni la langue de leurs ancêtres, ni la langue des Blancs. Mais si elles le faisaient, elles noteraient dans le journal, comme tout le monde, ce qu’elles font de leurs journées.

Toutes les phrases d’un journal intime commencent par le mot « aujourd’hui », je crois. Voici à quoi ressemblerait celui d’une mère au foyer qui a eu la chance de passer le cours moyen de 1ère année. Elle y marquerait les moments phares de sa journée.

Aujourd’hui, j’ai encore été violée par mon mari

Les hommes, de retour à la maison, se couchent très tôt, dorment profondément. Ils se réveillent aussi généralement vers 4 heures 30, pris par une violente sensation de fraîcheur qui a le don de les exciter. La femme, quand à elle, se couche plus tard. Cependant, elle est sollicitée par son époux à 4 h 30 du matin pour une partie de jambe en l’air. Trop fatiguée, car n’ayant pas assez dormi, elle est toujours tentée de refuser. Cependant, c’est sans compter sur la robustesse et la pugnacité d’un homme excité. Et hop, un autre viol à mentionner dans le journal intime.

Aujourd’hui, je me suis encore chamaillée avec mon mari à cause de la ration alimentaire

Après avoir fait usage de sa force, le gars lui jette ses 1350 FCFA et lui précise que c’est pour 2 jours, hein. Et re-chamaillerie, re-insultes à gogo, tous les mots possibles, afin qu’il passe la pire journée de sa vie. Elle le maudit et finit en pleurs, comme d’habitude. Mais, elle n’a aucun autre choix : elle a des enfants à nourrir et aucune autre source de revenus. Elle est obligée de les prendre, les 1350 FCFA. Au cas où ça ne suffirait pas, elle peut compter sur autre chose ou quelqu’un d’autre. C’est à chacune de voir.

Aujourd’hui, j’ai encore volé l’oignon au marché

Certaines mères au foyer finissent par se convaincre qu’elles n’ont pas d’autre choix. C’est hallucinant, le nombre de femmes qui se font huer dans les marchés. La kleptomanie n’est pas l’apanage des mères au foyer, mais ces dernières croient avoir des raisons de s’y adonner. D’ailleurs, qui dit que le fait de voler un oignon (qui coûte en moyenne 50 FCFA) au marché relève de la kleptomanie ? J’en ai marre de l’entendre. Le kleptomane subtilise inconsciemment des objets de moindre valeur, des objets qu’il peut s’offrir par lui-même. Les mères au foyer, elles, subtilisent consciemment l’oignon parce que les 1350 FCFA dont elles disposaient ont déjà servi à acheter les autres ingrédients de son repas.

Le soir au coucher, une mère au foyer qui tient un journal intime noterait qu’elle a encore du voler quelque chose, mais demanderait à Dieu de l’aider à mieux faire avec ce qu’elle a. Mama, qui dit qu’il faut à tout prix de l’oignon dans la soupe?

Aujourd’hui, un gars m’a extorqué 10 000 FCFA

Voilà! Elles se disent obligées de voler l’oignon. Cependant, elles donnent volontairement de l’argent aux bons parleurs qu’elles rencontrent sur la route. « Madame, vous avez marché sur du poison. Vous avez besoin d’être lavée et détoxifiée. Je vois que vous n’avez pas assez d’argent. Je vous prendrai juste 15000 FCFA pour le faire. Il en va de votre vie. » Le gars le dit avec tellement de cérémonie et de conviction qu’elle négocie à 10 000 FCFA, revient chercher l’argent sous le matelas, va lui remettre et attend qu’il aille chercher les produits pour la détoxifier. La mère au foyer, prise au piège, s’en rend compte quelques heures après car elle ne le revoit plus. Les escrocs de nos dames utilisent de nombreuses techniques tout aussi différentes qu’efficaces. Malheureusement, certaines dames se font avoir plusieurs fois.

Aujourd’hui, j’ai accidentellement versé de l’eau chaude sur ma fille

Après une matinée tendue à cause de la perte de ses 10 000 francs, elle manque de concentration et oublie que sa fille de 10 mois la suit partout dans la maison. Pour finir, l’eau chaude qui était destinée à la casserole de réserve se retrouve sur la tête de la pauvre petite. Et hop, au dispensaire du quartier.

Les accidents de maison sont très nombreux dans notre environnement. Nos maisons ne sont pas construites avec des dispositifs anti-accidents comme chez les Blancs. Nous, on construit seulement wassa wassa. On laisse tout traîner : de l’eau chaude à l’huile chaude, en passant par les produits ménagers, des petits objets et aliments solides, le pétrole, le gasoil, le ciment, les clous, le couteau, les fourchettes, et j’en passe. Tout est mélangé chez nous. L’enfant joue avec tout à la fois. Lorsqu’un accident survient, on dit que c’est normal que l’enfant se blesse de temps en temps, que ça fait partie de son éducation. Les allées et venues à l’hôpital font partie du quotidien d’une mère. A mentionner le soir au coucher.

Aujourd’hui, j’ai encore mis trop de sel dans le repas

Si une journée commence aussi mal : viol, chamaillerie, vol d’oignon, perte de 10 000 francs, eau chaude sur bébé, c’est clair que le repas sera finalement trop salé. Et papa va râler le soir de retour du boulot, surtout lorsqu’il recevra la visite de la voisine qui vient se plaindre du mauvais comportement de sa femme.

Aujourd’hui, je me suis encore chamaillée avec une voisine

Oui oui, une mère au foyer peut être calme et très enragée quand il le faut. Il n’est surtout pas question de laisser une autre femme se mêler un peu trop de ses affaires. Si tu veux voir de quel bois elle se chauffe, rapporte ce que tu l’as vue faire quelque part. Ses petites manies, celles que tu connais, garde-les pour toi !

Aujourd’hui, mon mari s’est encore mis en colère parce qu’il a trouvé les enfants tous sales

Lui aussi, il rentre à 19 heures. C’est clair que les enfants ne seront pas encore douchés. Entre le petit séjour à l’hôpital avec la dernière, le retour au marché pour remettre 10 000 FCFA à son escroc, le temps d’être huée au marché à cause du vol d’oignon, la petite chamaillerie avec la voisine, la mère au foyer n’a pas eu le temps de les doucher. Messieurs, il faut rentrer au moins à 20 heures si vous voulez trouver vos enfants propres !

D’ailleurs, j’ai vu que chez les Blancs (je veux dire dans leurs émissions), c’est le mari qui rentre le soir doucher les enfants. Dis donc !

Aujourd’hui, Monsieur a encore refusé de manger à cause de l’excès de sel

Oui, ça arrive tout le temps que le sel déborde. C’est le stress et la pression du faire vite. Il faut être clément Monsieur !

Voilà une journée comme les autres, d’où la récurrence du « encore ». C’est ce qui arrive aux mères au foyer pratiquement chaque jour. Il y a des jours un peu plus insolites, avec plusieurs autres événements à noter.

Aujourd’hui,

j’ai reçu une visite de mon beau-frère qui me drague carrément.

J’ai revu un ancien camarade de la classe de 5ème qui m’a avoué qu’il était et est encore amoureux de moi.

Je n’ai pas pu me coiffer les cheveux comme je le souhaitais, faute de moyens suffisants. Je vais devoir encore me coltiner cette tête de vieille fille.

Je n’en ai toujours pas appris davantage sur l’actualité liée au terrorisme, comme je me l’étais promis, pour surprendre mon mari pour une fois.

J’aurai souhaité aller prendre ce pot avec le voisin pour détendre un peu mes nerfs.

J’ai reçu un coup de fil de mon père qui m’a demandé à quand le mariage, vu que je vis le « viens on reste! » depuis 14 ans.

Aujourd’hui, aujourd’hui, aujourd’hui………ouf, le sommeil…

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Auteur·e

L'auteur: Mireille Flore Chandeup
Juriste conseil à son propre compte, elle écrit à ses heures perdues. Elle est ici pour présenter la vie et ses vicissitudes du point de vue d'une mère au foyer. Le saviez-vous, qu'une mère au foyer voit des problèmes où personne ne les voit et n'en voit pas où tout les monde les voit? Venez, elle va vous l'expliquer en profondeur!

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