Mère au foyer et veuvage : savoir choisir son « laveur » du vivant de son mari

jewandamagazine

Le lévirat, cette  pratique ancestrale aussi vieille que le monde – qui avait été pensée pour assurer la continuité du nom du défunt et le cas échéant, assurer aussi un avenir à la descendance du membre de la famille décédé – continue d’avoir droit de cité autour de nous. Avant, il s’agissait surtout pour la famille du défunt d’imposer à la veuve une ligne de conduite à suivre scrupuleusement, sous peine d’être abandonnée. Pour la femme ayant perdu son mari, le lévirat consistait à continuer simplement à vivre mais avec le frère du défunt, afin de s’assurer que ses enfants orphelins seront bien pris en charge. Il ne s’agissait pas d’un nouveau mariage, mais juste de la continuité de la vie du défunt. La veuve était alors parfois contrainte de faire des enfants avec son nouveau mari si elle ne voulait pas être laissée pour compte.

Au Cameroun, on appelle ça le « lavage » 

Au Cameroun, on parle de « lavage » pour nommer le premier acte sexuel avec le frère du défunt. Le « lavage » est sensé purifier la veuve et rompre le lien avec son époux décédé. Cette pratique a souvent dégoûté les femmes, mais les hommes, eux, préfèrent que la femme « reste dans la famille » après leur mort : vaut mieux la savoir avec le frère qu’avec des inconnus. On ne l’a quand-même pas doté pour rien.

Aujourd’hui, après tous les discours et les combats autour de l’égalité entre les genres, du travail de la femme et de son indépendance financière, les femmes refusent de plus en plus de subir le lévirat. Elles sont désormais à même d’assurer l’avenir de leur progéniture après la mort de leur époux. Néanmoins, une catégorie de femmes restent dans l’expectative : les mères au foyer.

Les mères au foyer acceptent d’être « lavées »

Nous sommes bien d’accord sur le fait que le travail de la femme implique des charges que leur salaire ne peut bien souvent pas supporter : nounous, répétiteurs, ménagères, etc. (Cela pose d’ailleurs la question de l’éducation des femmes et des postes à responsabilité – et donc à haut salaire- qu’elles pourraient occuper en travaillant, mais bon, ceci est encore un autre affaire…). Le coût des charges, c’est donc la raison pour laquelle de nombreuses femmes sont contraintes de rester à la maison pour garder leurs enfants et gérer l’entretien de la maison. Par conséquent, financièrement, elles sont totalement dépendantes et ne peuvent compter que sur leur mari. Mais alors, dans ce cas, qu’advient-il de la famille lorsque le mari décède à la fleur de l’âge ? La mère au foyer a-t-elle le pouvoir de refuser de coucher avec son beau-frère, en échange d’obtenir de l’argent pour l’entretien de ses enfants ? La plupart des mères au foyer pensent que NON. Pour beaucoup, elles ne se disent pas qu’elles doivent désormais chercher un travail pour subvenir aux charges de leurs progénitures. Elles pensent simplement que coucher et épouser le beau-frère sera le meilleur moyen de s’en sortir. Elles développent même des stratégies du vivant du mari pour s’assurer les faveurs du beau-frère préféré parmi tous les beaux-frères ; quitte à subir, autant subir le moins possible !

de l’idée de voir en un beau-frère un super héros qui va sauver la veuve d’une souffrance certaine

 

Commencer par cibler son futur « laveur » parmi les beaux-frères

Même si la belle-famille donne du fil à retordre, on ne déteste jamais tout le monde. Il y a des préférés. La jeune mère au foyer prend toujours le temps d’étudier les comportements de ses beaux-frères afin de trouver celui qui sera le plus à même de la « laver » à la mort de son mari. On va alors l’entendre critiquer tel beau-frère parce qu’il boit beaucoup et valoriser tel autre parce qu’il est respectueux. En temps normal, elle n’en aurait rien à foutre… Mais là, l’œil averti comprend qu’elle tombe peu à peu amoureuse de son futur « laveur ». Il va peu à peu devenir son confident. C’est vers lui qu’elle se tournera pour se plaindre des mauvais agissements de son mari. Elle le défendra, y compris dans les conflits avec son épouse à lui. Elle le respectera plus que tous les autres beaux-frères réunis. Il sera désormais le seul à pouvoir la calmer quand elle se mettra en colère.

Chouchouter son futur « laveur » au maximum pour lui plaire

La mère au foyer est forcément très tendre avec celui qui deviendra son homme après la mort de son mari. Elle lui prépare régulièrement des mets succulents, au point de rendre jalouse son épouse à lui ! Elle se souvient des anniversaires et de tous les événements marquants de la vie de son futur « laveur » : naissances, mariage, avancements professionnels… Elle le visite souvent mais l’époux encore vivant n’a rien à dire. Il a déjà compris que sa femme est amoureuse de son frère, mais il vaut mieux qu’elle « reste dans la famille ». Toujours pareil : vaut mieux la savoir avec le frère qu’avec des inconnus.

Le beau-frère le plus aimé et chouchouté sera du coup le plus présent lors des obsèques du mari. Il se couchera le dernier et se réveillera le premier, afin de s’assurer que tout le monde est à son aise. Il installera les tentes, attachera les bâches pour mettre les gens à l’abri des intempéries… C’est tout naturellement que la première relation sexuelle avec la veuve aura lieu pendant les obsèques du mari.

deux êtres proches finissent par être fusionnels
crédit photo : senenews.com

 

Le kongossa sur l’après-mort du mari

Pour connaître les petites histoires, il suffit de tendre l’oreille et d’écouter les mères au foyer faire des supputations sur ce qui se passera après la mort de leurs maris :

« Ma sœur, je vais refuser que mon beau-frère me lave, que je compte sur quoi ? »

« Mon beau-frère ci est très gentil. Il est très différent de son frère. C’est lui qui va me laver à la mort de mon mari ! »

Certaines mères au foyer vont bien plus loin en entretenant déjà une relation extraconjugale avec le beau-frère. Je ne parle pas, bien sûr, de la possibilité qu’il y a de tomber amoureuse du simple

fait du rapprochement. Je parle de lui donner simplement ce qui lui reviendra de toute façon. Pourquoi résister même ? C’est aussi sa part !

Vous vous demandez, je le sais, « et si elle meurt avant son mari ? ». Eh bien, le mari la pleurera tout en sachant qu’il n’est pas le seul à souffrir de sa disparition. Son frère et lui se regarderont en se disant qu’ils ont tous les deux perdu un être cher.

 

10 Commentaires

  1. Hum mama il y a de ces traditions hein. Donc si le gars à son VIH il te le file propre à cause du veuvage?Donc s’il ne brosse pas ses dents, ne se lave pas tu vas seulement accepter son lavage? wèkè tuez-moi!

  2. Ça alors ! je n’avais jamais su qu’on pouvait préparer son « lavage » (je vais désormais suspecter mes belles sœurs chaque fois qu’elle m’offriront des bières).

    Ce que je retiens de l’article c’est que tant que les femmes au foyer continueront à dépendre financièrement de leurs maris, cette pratique, que la plupart d’entre nous condamnent, aura de beaux jours devant elle.

    Enfin, j’aurais aimé que tu nous parle de l’attitude des femmes des frères « laveurs » face à cette situation.

    1. La mère au foyer dépendra toujours financièrement de son époux. Si non, elle n’est plus une mère au foyer au sens strict. Les mères au foyer sont les plus nombreuses. Je crois que cette pratique a de beaux jours devant elle.
      Lorsque vient le moment pour un homme de laver la veuve de son frère, il ne se soucie guère du ressenti de son épouse. Cette dernière devrait même comprendre et cesser d’être égoïste.

  3. Le «lavage» de veuves, c’est une expression que je découvre. C’est le genre de phénomène qui peut faire dire que se marier en Afrique c’est parfois épouser toute une famille. Y a til des femmes légalement mariés qui subissent cette situation?

    1. Oui Eli, les femmes mariées subissent aussi cette situation, du moins celles qui acceptent. Donc ce n’est plus « subir » car on a le choix. L’acceptation vient du fait que la mère au foyer redoute de ne pouvoir s’occuper seule de sa progéniture. Sinon, c’est pas forcé.
      Le « laveur  » quant à lui impose souvent à la veuve de coucher avec lui et de lui faire des enfants afin qu’il s’occupe des orphelins de son frère.

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