Le jour où j’ai décidé de donner du sang

Le don du sang a toujours été pour moi une des meilleures actions qui soient. C’est vrai qu’on est loin du don d’organes, mais on s’en rapproche par l’intention.

Qu’on ait l’habitude d’être taxé de con, d’hypocrite ou d’égoïste, il arrive des fois qu’on ressente un fort besoin de faire une bonne action. Dans la vie, je l’avoue, je suis plus « argent », « argent » et « argent ». Tout ce qui ne fait pas entrer de l’argent me laisse généralement indifférente. Cependant, il y a quelque temps, j’ai été frappée par l’appel à l’aide d’un ami sur les réseaux sociaux. Sa nièce de 4 ans est atteinte d’un cancer du sang.  On a besoin de donneurs du groupe 0+ pour la traiter. Je me suis tout de suite dit que c’était l’occasion de faire une bonne action.

J’ai passé l’une des journées les plus mémorables de ma vie

J’ai fait la connaissance  d’Olivier, dont la nièce est malade. A son regard, il s’est sûrement demandé : « la mère-ci est sortie de l’Internet pour venir donner du sang pour ma nièce ? ». Il avait rendez-vous avec quatre donneurs ce matin-là et avait pris la peine d’acheter 4 boites de 350 ml de lait concentré sucré, pour l’après don de sang.

J’ai fait la connaissance de la tante d’Olivier, une femme raffinée, d’un français limpide (bah, ce n’est pas de ma faute si  j’ai été subjuguée par son parler). Dans ses yeux sous ses lunettes claires, on pouvait lire la tristesse de savoir sa petite fille malade. Elle m’a expliqué avec une aisance déconcertante la forme de cancer dont il s’agit. Elle se demandait surtout ce qu’elle fera lorsqu’elle aura épuisé son capital « amis et connaissances », et qu’il faudra payer les donneurs pour continuer de traiter la pauvre enfant.

J’ai rencontré Armel, jeune homme excentrique, pédant, si sûr de lui que je n’ai fait l’effort de retenir son prénom que pour écrire ce billet (oui, c’est vrai que je pouvais en changer, mais je vous aime trop pour vous tromper). C’était un autre donneur 0+ qui a répondu à l’appel  de la famille via les réseaux sociaux, comme moi. Il a brillamment donné son sang et s’apprêtait à filmer sa poche de 450 ml de sang lorsque l’infirmière lui a dit qu’il ne devait pas faire l’amour pendant 3 jours. Les 5 minutes qui ont suivi m’ont paru 5 heures.  Le jeune est entré dans une colère bizarre en disant au personnel de l’hôpital que sa vie venait d’être gâchée avec ce don de sang. Il est finalement parti sans boire le lait prévu pour lui. J’ai juste souri et pensé « pas grave, mon chou ! Je vais boire ta boite de lait, en plus de la mienne. »

J’ai rencontré Ulrich, cousin de la fillette malade, venu donner son sang. Un garçon des plus adorables. Très calme. Beaucoup trop calme. Pendant que son sang était prélevé, il a un coup de chaud du à une salle étroite et la chemise jeans qu’il portait. L’infirmière l’a interprété comme un malaise et s’est mise à lui poser mille et une questions : « comment te sens-tu ? Pourquoi tu paniques ? C’est ton 1er don de sang ?… ». Ulrich à son tour a interprété la réaction de l’infirmière comme la preuve que quelque chose n’allait vraiment pas et que c’était visible juste à le regarder. Il s’est retrouvé en état de choc dès la fin du prélèvement et on a du le soutenir pour l’allonger et poser les  pieds sur le mûr. Le gars a eu droit au lait, plus un litre de jus pour reprendre des forces.

Quelque chose me dit que vous êtes pressés de savoir si j’ai bu ma boite de lait. Patience, mes choux !

Un moment spécial de cette journée, l’entretien avant le don de sang.

On est soumis à un entretien  avant d’être déclaré apte à donner de son sang.

 

Avant le don de sang, on doit remplir un formulaire (ce qui est logique). Ce que j’ai trouvé bizarre ce sont les questions auxquelles on est appelé à répondre : « durant les 12 derniers mois, avez-vous eu un rapport sexuel anal ou oral ? » Je ne comprends toujours pas ce que cette question faisait là. « Quelle est votre religion ? » On a le choix entre les lettres C pour catholique, P pour protestant, M pour musulman, A pour animiste. J’ai gentiment répondu « aucune religion ». A la question de savoir pourquoi je dis que je n’ai aucune religion, alors qu’il suffisait d’entourer l’une des lettres proposées, j’ai répondu que je ne voyais pas de lettres pour les religions juive et bouddhiste, et que ma religion se trouvait parmi ces deux là.

« je vois que vous êtes une rebelle », m’a-t-elle lancé.

La dame m’a posé des tas d’autres questions sur mon état de santé et a marqué mon formulaire d’un OK. J’ai été déclarée apte à donner du sang. Imaginez ma joie à ce moment là ! J’ai de suite été invitée à rejoindre la salle de prélèvement, à m’asseoir convenablement et à me détendre au maximum.

Le moment le plus bizarre de la journée : la tentative de prélèvement du sang

La dame qui devait effectuer le prélèvement s’est assise en face de moi. Elle observe mes bras d’un air étonné. Elle m’a fait un garrot dans l’avant-bras gauche, a observé mon bras, a défait le garrot. Elle s’est mise à marmonner des choses. J’ai pressenti alors qu’il y avait un souci. La dame répond alors à mon regard interrogatif : « la mère-ci, tu as laissé tes veines à la maison ou quoi ? Je ne les vois pas là. »

Je suis venue donner du sang. Je ne dois pas rentrer avec ce sang. Non.

La dame a utilisé donc  la bonne vieille technique pour faire apparaître des veines, ou une seule veine : taper le bras avec la paume de la main. Sauf qu’elle s’est enragée sur mon bras à force de le taper et de ne malheureusement pas  voir apparaître des veines. Et soudain, une veine. Elle a tenté une piqure. Cependant, la coulée sanguine était si lente que le prélèvement a été interrompu. Après quoi, aucune autre veine n’a osé se montrer

Qui saurait dire qui de l’infirmière et de moi était la plus déçue ?

Je me suis sentie nulle de ne pas pouvoir donner du sang à la petite. A ma grande surprise, Olivier, dont la nièce est malade, a essayé de me remonter le moral. Il a même tenu à m’offrir la boite de lait qui m’était destinée. Ce que j’ai refusé. Je suis indigne de boire ce lait, lui ai-je répondu.

Maintenant que j’y repense, mon égo a pris un si gros coup parce que depuis des années je n’ai cessé de rappeler à qui voulait l’entendre que j’étais du groupe sanguin 0+ et que je pouvais donner du sang à toutes les personnes de rhésus positif.  Je n’imagine même plus la taille de mon égo si j’étais donneur universel.

Je suis 0+, mais je ne peux aider personne. Qui m’aiderait donc en cas de besoin ? Aurai-je ne serait-ce le courage de solliciter de l’aide le moment venu ?

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