Vaincre la peur de mourir pendant une césarienne

Lorsque l’envie de donner naissance se mute en appréhensions et peur de mourir, on ne sait plus à quel saint se vouer. S’outiller sur le sujet est le meilleur moyen de vaincre sa peur et de mieux vivre ces moments lorsqu’ils frappent à votre porte.

Après avoir vécu subi deux césariennes, j’ai appris beaucoup de choses que je partage volontiers avec des femmes et futurs parents autour de moi. Beaucoup d’émotions à l’entame de ce billet. Des expériences chargées de conséquences et qui nous changent définitivement. Ce billet a failli ne pas voir le jour. Je me suis finalement décidée en lisant le billet de Fabrice Nouanga, Voici pourquoi j’admire les femmes qui accouchent par césarienne.

Beaucoup d’émotions, je vous dis.

Tout d’abord, plus jamais de « j’accouche toujours normalement »

Dans tous les domaines, les idées reçues sont plus dangereuses que les vérités. Les conditions et les contours de la césarienne sont si peu connues que, de mère en fille, on entretient l’idée selon laquelle la césarienne est une affaire de famille. Plusieurs femmes refusent de se faire opérer parce que leurs mères n’ont jamais été opérées, leurs grands-mères non plus. Certaines femmes à qui on en parle au troisième accouchement refuse parce qu’elles « accouchent toujours normalement ». Ma mère a été opérée 2 fois sur 9 accouchements. Ma sœur aînée a déjà été opérée 3 fois pour ses 3 accouchements. Ma cadette directe a accouché 4 fois SANS césarienne. Mon autre cadette a subi une césarienne.

La césarienne est pratiquée pour des raisons précises. Chaque femme porte en elle et à ce moment précis la cause de l’opération. Plusieurs fois, il est nécessaire de pratiquer une césarienne pour sauver les vies du bébé et/ou de la mère. Souvent, il s’agit d’écourter une douleur inutile et traumatisante. La mauvaise présentation du fœtus, la disproportion céphalo-pelvienne (bassin bas ou rétréci), un col fermé ferme (qui se dilate hyper lentement, d’environs 1 « doigt » par jour), un risque d’éclampsie (tension artérielle très élevée), le fait d’avoir déjà été opérée 2 fois (on dit dans ce cas qu’on est de nouveau opérée pour utérus cicatriciel), le cordon ombilical qui entoure le cou du fœtus et l’étouffe lorsqu’on essaie de l’expulser normalement, un paludisme sévère en fin de grossesse sont les raisons les plus avancées pour pratiquer une césarienne. Des raisons que j’ai évoquées dans 2 précédents articles : mon témoignage d’un séjour à l’hôpital et ce pourquoi des femmes meurent en donnant la vie.

On peut connaître et comprendre la nécessité d’une césarienne et réfuter quand-même l’idée de sa laisser ouvrir et refermer. Il est beaucoup plus question de connaître le déroulement de cette opération pour se préparer à l’affronter au cas où on serait obligée de passer par là.

Être capable d’influencer le choix du type d’anesthésie

Pendant la préparation de l’opération, l’anesthésiste vous pose des questions un peu farfelues, sans rapport aucun avec l’acte que vous allez subir. Son objectif est d’évaluer votre état d’esprit et votre capacité à faciliter le travail de l’obstétricien. Votre façon de répondre lui indique si vous êtes capable d’accepter de garder les yeux ouverts et l’esprit en alerte pendant votre opération. Si vous paniquez, il choisit de vous faire une anesthésie générale, en vous administrant un produit par voie de perfusion, pour que vous vous endormiez. Dans ce cas, il est difficile pour l’obstétricien de savoir comment vous vous sentez pendant qu’ils vous opèrent. Le risque d’arrêt cardiaque est plus élevé.

Par contre, si vous appréhendez bien la situation, il vous est fait une anesthésie locale, avec injection du produit anesthésiant dans le bas du dos. Votre abdomen est « mort » pour le temps que durera l’intervention, environs 1 heure.  Vous restez éveillée tout au long de votre accouchement. Vous échangez avec l’anesthésiste et l’obstétricien. Il vous demande constamment comment vous vous sentez, si vous ressentez une quelconque douleur. Ils vous présentent votre bébé dès qu’il vient au monde, vous demande le prénom que vous avez choisi pour lui. Ils vous félicitent pour votre courage. Je vous assure que ça fait du bien. C’est aussi agréable que lorsqu’on vous rase gentiment les poils du pubis avant d’insérer la sonde urinaire.

Bien entendu, influencer le choix du type d’anesthésie n’est possible que si vous êtes éveillée et capable de répondre aux questions de l’anesthésiste. Par chance, pour les 2 césariennes, j’étais en santé et j’ai eu droit à des anesthésies locales. Pendant la 1ère césarienne, j’avais brusquement connu une forte sensation de froid. J’ai expliqué ce que je ressens  et on m’a injecté un anti-paludique pour faire baisser ma température. Je grelottais tellement que j’ai fait passer un message à ma tante qui attendait dehors, selon lequel elle devait apporter une couverture de la maison.

La médecine évolue, on se remet sur pieds assez rapidement

Si vous avez la possibilité de donner votre accord pour être opérée, cela signifie que vous êtes consciente. Par conséquent, il n’y a pas de raison que vous ne vous remettiez pas assez vite par la suite. Le suivi des conseils et des prescriptions de l’obstétricien  permet de récupérer agréablement et parfois de façon spectaculaire.

A la sortie du bloc et dès que les effets de l’anesthésie s’estompent, on vous injecte de la morphine pour atténuer la douleur de la plaie. une infirmière vérifie régulièrement votre serviette hygiénique pour s’assurer que vous ne perdez pas trop de sang.  On vérifie aussi votre pansement. On explique à votre garde-malade comment vous laver et changer vos draps sans vous faire quitter le lit, ni lever la tête. Des tonnes de médicaments (c’est vraiment l’impression que l’on a) vous sont administrez par voie de perfusion. Vous passez 24 heures allongée pendant lesquelles il est déconseillé de lever la tête, afin d’éviter des migraines.

Passé les 24 heures, un infirmier vous retire la sonde urinaire placée au début de l’opération. Il vous aide à vous lever, à retrouver votre équilibre et à marquer vos premiers pas. Il vous encourage à faire des cent pas dans le couloir. Vous pouvez dès lors manger quelque chose et prendre des médicaments par voie orale. Puis, la perfusion est retirée. On vous fait passer plusieurs examens afin de vérifier des probables infections. Votre pansement est inspecté constamment. Il ne doit surtout pas être mouillé, ce serait le signe d’une plaie qui suinte. On vous demande si vous avez déjà pissé depuis le retrait de la sonde. Si non, on vous injecte un produit pour résoudre le problème. Tout est vraiment mis en œuvre pour que vous vous remettiez rapidement et sûrement.

Respecter à la lettre la prescription de médicaments et les conseils nutritionnels

Ma petite sœur qui avait été opérée avant moi avait eu beaucoup de mal à se remettre, puis, moins de mal à m’avouer qu’elle était jalouse de mon prompt rétablissement. Elle n’a pas hésité à conclure que j’avais été « mieux » opérée qu’elle. Je ne cesse de lui répéter qu’elle n’avait pas respecté scrupuleusement les consignes du gynéco-obstétricien.

  • la prise scrupuleuse de médicaments

C’est vrai que ça devient vite soulant de prendre autant de médicaments, mais ça vaut la peine. On doit avaler des médicaments pour faciliter la cicatrisation, contre le paludisme, pour la régénération sanguine, pour la vitalité, contre des infections si les examens en ont révélées. On doit aussi retourner à l’hôpital deux ou trois fois pour refaire son pansement et se faire consulter par le gynécologue. Il est crucial de faire les examens prescrits, peu importe que l’on se sente bien. Dans le meilleur des cas, on doit continuer la prise de médicaments jusqu’à un mois après l’opération.

  • le respect des conseils nutritionnels

Se rétablir rapidement après avoir subi une césarienne passe aussi par le respect des recommandations en matière d’alimentation. On est autorisé à manger 24 heures après l’opération. On doit commencer par de l’eau pour ouvrir la voie. On enchaîne avec de la bouillie, aussi légère que possible. On recommande fortement le bouillon de pommes de terre parce qu’il est très digeste. Consommer des aliments durs tout de suite peut causer des douleurs atroces au niveau de la plaie chirurgicale au moment d’aller aux selles. Les produits laitiers sont déconseillés sur le moment à cause de l’intolérance de certains organismes au lactose et de la constipation qui peut s’en suivre. Le but recherché est d’avoir des selles les plus molles possibles pour les évacuer facilement. Les aliments les plus durs doivent être introduits au moins 1 mois et demi après l’opération.

Pendant ce mois et demi, pour une meilleure et rapide cicatrisation, les épices  (piment, poivre, poivron…bref, tout ce qui pique) sont déconseillés. C’est ici alors que le chef bandit meurt à chaque fois! La plupart des femmes que j’ai rencontrées ont grogné en écoutant cette recommandation. « On demande à qui de ne plus manger le piment? » Même la famille venue s’occuper d’elles ne comprend pas très bien cette recommandation. Les gens aiment tellement le piment qu’ils pensent ne pas pouvoir s’en passer. Croyez-moi, il est tout à fait possible de limiter la consommation de piment. Si votre guérison en dépend, il vaut mieux vous faire violence.

La finesse des cicatrices visibles sur le ventre

Plusieurs femmes redoutent la longue cicatrice laissée par la césarienne sur le ventre. Le temps où on incisait le ventre sur la verticale est heureusement dépassé. On pratique de plus en plus l’incision dite du BIKINI qui ne laisse qu’une fine cicatrice que les poils du pubis vont rapidement cacher en repoussant.

Après ma première césarienne et pendant mon hospitalisation, l’infirmier de garde me surprenait la nuit en train de caresser le sparadrap qui recouvrait ma plaie et s’en étonnait à chaque fois. Il ne cessait alors de me rappeler qu’une fois le sparadrap retiré définitivement (environ 2 semaines après l’opération selon l’allure de la cicatrisation),  je ne devrais pas toucher ma plaie de la sorte, au risque de l’infecter. Je lui répondais à chaque fois que ça me démange et que c’est tout. Aujourd’hui je vous l’avoue, j’avais hâte de toucher la cicatrice. Cette même cicatrice que je voyais sur les ventres de ma mère et de mes sœurs.

C’était en 2013 et au final, j’ai eu droit à une cicatrice bien visible sur le bas du ventre. Je la caressais à chaque fois que je me morfondais dans mon coin. Cependant et heureusement, lors de ma deuxième césarienne, l’obstétricienne m’a ouvert le ventre au même endroit, sur la cicatrice.  En me refermant, elle l’a fait disparaître, comme par magie. Des fois, ça me manque de caresser mon bas ventre en cogitant sur l’avenir de mes enfants. J’en ai totalement perdu l’habitude, puisqu’il n’y a plus de cicatrice à cajoler.

Quid des cicatrices morales?

Ces 4 dernières années, j’ai vécu plus d’émotions que je ne l’avais imaginé en décidant de devenir mère. Je fus choquée en 2013 d’apprendre que j’allais être opérée. J’ai du aller puiser au plus profond de moi pour accepter d’être obligée de passer par la césarienne pour donner naissance. Une fois qu’on a accepté dans sa tête, le corps réagit positivement et se remet rapidement. Au bout de 6 à 8 semaines, on peut retrouver une vie sexuelle normale.

Du coup, en 2015 , lorsque le gynécologue m’annonce que je vais devoir subir à nouveau une césarienne, il est lui-même surpris de ne lire aucune gêne sur mon visage et de m’entendre juste lui répondre : « ok, allons-y! »

Courage, Mesdames!

 

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