Lettre à ma coépouse

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«Stp, laisse « notre mari » rentrer à la maison! C’est la rentrée scolaire! Les enfants n’ont toujours pas été inscrits».

La coépouse désigne l’autre épouse de mon mari, dans un mariage polygamique. Le mari s’y sent comme un roi. Il fait le tour des différentes résidences de ses femmes à un rythme qu’il choisit en fonction de plusieurs paramètres. Si les résidences sont distantes les unes des autres, le mari peut passer une semaine, voire plus, chez chacune de ses épouses. Si les résidences constituent juste des chambres dans la même grande maison, le mari peut passer une ou deux nuits chez chacune de ses femmes. Lorsqu’une femme a accepté d’être dans ce type de mariage, elle multiplie les artifices pour passer plus de temps avec son époux, tout pour léser les autres femmes, ses coépouses.

Dans la culture africaine, celle qui n’est pas corrompue par les mots occidentaux tels que l’envie et la jalousie, chacune des femmes respecte la relation du mari avec les autres. Toute femme mariée sait qu’à tout moment une coépouse peut venir remettre en question l’harmonie de son couple. Une femme africaine, une vraie, sait qu’elle ne peut s’opposer à l’arrivée d’une coépouse. D’ailleurs, dans les coins où la femme doit faire les champs pour nourrir la famille, tandis que le mari lit son journal en buvant son vin de palme ou de raphia, il peut être surprenant pour les esprits non avertis de voir une femme souhaiter l’arrivée d’une coépouse pour alléger les travaux champêtres. De même, la femme qui ne souhaite plus avoir d’enfant cherche elle-même celle avec qui son mari devra continuer à en faire.

La maîtresse ou 2ème bureau : une coépouse à part entière

Ce qui est surprenant dans la conception de la polygamie c’est qu’on considère aussi comme coépouse la maîtresse attitrée du mari. La femme cocue sait que c’est elle la fautive. C’est elle qui a poussé son mari dans les bras d’une autre femme. Elle a par conséquent intérêt à accepter la nouvelle situation qui s’impose à elle, si elle ne veut pas être abandonnée. L’épouse connait le domicile de sa coépouse illégitime. Elle respecte les jours que son époux y passe. La situation est encouragée par la société. Ce qui donne souvent des ailes à la maîtresse qui use de stratagèmes pour devenir l’épouse, la légitime. La maîtresse n’a pas autant de patience que sa coépouse légitime. Elle n’en a rien à faire des allées et venues du mari chez l’autre femme.

Lorsqu’une mère au foyer se fait finalement voler l’homme qui s’occupe d’elle financièrement, elle en vient à supplier sa désormais coépouse de le lui laisser par moment, surtout lorsqu’il s’agit de payer les factures. Quatre jours après la rentrée scolaire du 5 septembre dernier, elle se résout à adresser cette lettre à sa coépouse, le nœud dans la gorge.

 «Ma sœur, mon amie, je sais que notre mari a choisi de passer désormais toutes ses nuits chez toi. Je sais que par le passé je t’ai rendu la vie difficile. Puisse Dieu fendre ton cœur et y mettre la force de me pardonner ! Ceci est le cri d’une femme qui souffre. Tu es une femme. Et je sais que tu ne permettrais pas que je subisse ce que tu ne voudrais pas subir toi-même. C’est vrai que tu as des enfants aussi avec notre mari. Mais mes enfants sont lésés depuis plusieurs mois. Ils ne voient plus leur père. Ils sont insuffisamment nourris, faute de moyens. Voici déjà 4 jours que leurs camarades vont à l’école. Je commence sérieusement à me demander si notre mari a l’intention de payer leur scolarité. Le bailleur commence désormais sa journée en menaçant de me mettre à la porte. S’il te plait, ma chère coépouse, tu sais que notre mari a les moyens de s’occuper de nous tous. Demande lui de m’envoyer de l’argent pour ses enfants!

Je te promets que je ne mettrai plus en doute l’amour qui vous unit. Je ne te demande pas de lui dire de revenir vers moi. Je sais que ce serait mission impossible. Je te conjure juste d’intercéder en ma faveur pour que nos enfants aillent à l’école. Tu sais, ce sont nos enfants, ce sont TES enfants. Si je pars avant toi, c’est toi qui sera leur tutrice. Ne les laisse pas tomber! Fais quelque chose pour TES enfants, STP!»

Suppliée comme çà, la coépouse illégitime se voit pousser des ailes. Elle sait qu’elle n’est pas légalement unie à l’homme qu’elle aime. Cependant, elle sait aussi que le vrai problème c’est de savoir qui profite de la présence et des revenus du mari.

Si vous trouvez çà improbable, c’est que vous n’avez pas encore compris de quoi je parle. Cette souffrance incessante qui est celle des mères au foyer chez nous.

2 Commentaires

  1. C’est malheureusement ça le quotidien de beaucoup de nos mères, sœurs, filles, amies. Et c’est pour cela que je reste convaincu que l’idéal pour une femme, c’est d’être autonome, avoir ses propres revenus, gagner sa vie sans dépendre entièrement d’un homme, qu’il soit son mari ou pas. Ça évite de d’humilier de cette façon, et ça limite les risque de voir les enfants passer des années blanches.

    1. Malheureusement des enfants qui passent des années blanches j’en vois tellement. Le père a abandonné le domicile conjugal. La mère a fait trop d’enfants pour pouvoir s’occuper d’eux, en plus du loyer et autres charges. D’un événement à un autre, elle est prise dans un engrenage. Et c’est vrai que l’idéal ce serait d’être indépendante, mais d’un autre côté les femmes financièrement indépendantes « menacent » le ménage par leur force de frappe, lol. Merci à toi FF.

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