Témoignage d’un séjour à l’hôpital (1) : le jour où j’ai donné la vie

Ce séjour a duré une semaine. Une semaine de joie et de colère en même temps.  Une semaine pleine de surprises et de découvertes. Une semaine de rencontre avec la vie.

Tout commence 2 semaines avant mon admission à l’hôpital lorsque le médecin m’annonce que je vais devoir subir une césarienne parce que le bébé que je porte en mon sein est très gros. Il fixe alors une date à laquelle je dois venir subir l’intervention chirurgicale. Le bébé décide de venir 5 jours avant. Je perds les eaux à un moment où je m’attendais le moins car j’étais encore à 2 semaines de la date présumée d’accouchement. Je n’avais pas encore réuni la somme d’argent qu’il fallait avancer pour pratiquer la césarienne. Cependant, je ne vais pas rester à la maison avec le liquide amniotique qui me mouille. J’arrive à l’hôpital vers 2 heures du matin ce vendredi là, en appréhendant ce qui allait m’arriver sans un sous en poche.

1ère surprise, 1ère colère : mon mari n’avait aucun sous en poche, pas un seul radis

Lorsque nous arrivons à l’hôpital, les infirmières appellent le médecin qui m’a suivie pendant toute la grossesse. Il n’est pas disponible car il savait qu’il allait s’occuper de moi dans 5 jours, pas maintenant. On appelle un autre médecin qui accepte de prendre mon cas en charge. A son arrivée à l’hôpital vers 6 heures du matin, je lui explique que c’est une césarienne programmée et qu’elle (le médecin en question était une dame) doit régler les détails financiers avec mon époux qui attend sur un banc dans le couloir qui longe la maternité. Lorsqu’elle lui demande s’il a déjà acheté tout le nécessaire pour aller au bloc opératoire, il lui demande s’il faut vraiment opérer.

2ème surprise, 2ème colère  : c’est seulement à cet instant là que mon mari comprend qu’on va vraiment m’opérer

C’est exactement ça les hommes. Un professionnel de la santé te fait savoir que ta femme va devoir subir une césarienne. Tu restes dans ta bulle à espérer un miracle de tes ancêtres, jusqu’au jour où ta femme perd les eaux. Tu n’as pas pris la peine de réunir la somme nécessaire pour pratiquer l’intervention. Et après, tu t’étonnes lorsqu’on te le demande. L’homme d’autrui court de tout son souffle vers la banque, fait le pied de grue jusqu’à 9 heures et effectue un retrait conséquent. Donc, il avait quand-même des économies.

Je suis admise en salle d’opération vers 10 heures ce vendredi là. J’ai l’occasion de vérifier ce qui me semblait jusque là anormal.

Découverte hallucinante : Ce n’est pas que dans « Grey’s Anatomy » que les chirurgiens ont des conversations hors sujet pendant l’intervention

L’anesthésiste avait constaté que j’appréhendais plutôt bien le fait de subir cette intervention chirurgicale et a proposé de me faire une anesthésie locorégionale. Il voulait, m’a-t-il dit tout souriant, me donner la chance de dire comment je me sentais au fur et à mesure que les chirurgiens pratiquaient la césarienne. J’ai alors confirmé que chez les femmes, il n’y a pas de lieu pour le kongossa, comme dans « Grey’s Anatomy ». A peine elle avait saisi le bistouri que la respectable docteur, en complicité avec sa gentille collègue, se lança dans une causerie à couper le souffle.

1- passe-moi le bistouri stp!

2- comme je te disais là, depuis le jour où tu es venue ici avec ta Hummer, elle s’est calmée un peu (je comprends très vite qu’elle parle de leur collègue de service qu’elle juge trop impertinente).

1- elle croyait qu’elle peut se mesurer à moi? elle compte sur son salaire et sa petite clinique de sous quartier et sans patientes, alors que moi, mon mari vend les voitures.  Je peux prendre celle que je veux pour venir ici.

2- elle t’a tellement regardée ce jour-là. Elle était dépassée.

1- (interloquée car elle a sans doute fait un mauvais maniement de la lame), j’ai failli blesser l’enfant-là, tellement il était déjà tout près de la voie de sortie. Heureusement qu’il a beaucoup de cheveux!

(Continuant son kongossa comme-ci de rien n’était) C’est comme ça que quand je travaillais encore à l’hôpital X, j’avais une collègue qui voulait toujours qu’on sache qu’elle est là. Mais je l’ai remise à sa place. Tu sais que quand une collègue fait des bêtises, le jour où elle n’est pas disponible, tu refuses de prendre ses patientes. Comme les femmes enceintes aiment grogner là, on saura qu’elle est absente. Et elle ira s’expliquer devant le directeur de l’hôpital.

(Après une quinzaine de minutes et s’adressant à moi) Félicitations Madame, vous avez fait un beau garçon. Lui avez-vous déjà trouvé un prénom? Si non, je vous suggère de lui donner un prénom biblique car il a échappé au Bistouri grâce à ses cheveux, c’est le miracle de Dieu!

Une trentaine de minutes plus tard et après extraction du placenta et autres manœuvres :

(S’adressant de nouveau à sa collègue) Suturons-là rapidement! Je vais te laisser finir. Je vais aller prendre ma « bière du travail » à son mari dehors.

Et oui, après avoir avancé les frais exigibles pour commencer l’intervention, il faut prévoir la « BIÈRE » du chirurgien

Mon mari fait les 100 pas dans le couloir. La porte du bloc opératoire s’ouvre. Alors qu’il s’attend à me voir sortir sur le brancard, la chirurgienne s’approche de lui, l’air sérieux, tout en retirant son chapeau de service, signe que l’intervention est terminée. Là, c’est lui qui me raconte par la suite. Il voit toute sa vie défiler devant lui en à peine 15 secondes. Il se pose toutes les questions qu’on puisse se poser en pareille circonstance. Surtout, si l’opération s’est bien déroulée, pourquoi la chirurgienne ne sourit-elle pas un peu? L’homme retient son souffle pendant les 15 plus longues secondes de sa vie. Le temps s’est arrêté pour lui. Le pire c’est de pouvoir expliquer à ma famille ce qui s’est passé. Comment va-t-on dire au père de sa femme qu’en lieu et place de la dot tant attendue et de la célébration civile de l’union, on lui ramène le corps de sa fille?

La chirurgienne : où est le mari de la dame qui est au bloc?

Mon mari (s’adressant à ma tante qui attendait avec lui) : maman, va écouter ce qu’elle va dire.

Elle : Non, je veux parler au mari.

Lui : (terrifié, muet comme une carpe et tremblant comme une feuille)

Elle : Tu sais que vous m’avez empêchée d’aller déposer ma fille à l’école le matin? J’ai du accourir ici pour m’occuper de ta femme. Et tu vas voir que je lui ai fait un type d’incision à la une de nos jours. C’est l’incision dite du BIKINI qui ne laisse voir aucune cicatrice sur le ventre. Donc, s’il te plait, donne-moi la bière du travail!

 Le gynéco-obstétricien de votre femme vous joue cette carte. Votre femme est encore au bloc opératoire pour une raison inconnue. A la place de mon mari, que faites-vous ?

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