Grossesse, quand tu nous sauves

La grossesse n’est pas facile à supporter. Cependant, elle peut nous tirer de diverses situations ambiguës.

C’est vrai, je dis tout le temps que la grossesse fout les boules. Nausées matinales, pieds enflés, reins en miettes, prise de poids souvent astronomique. Mais, comme tout ça doit durer 9 mois, autant essayer de vivre sa vie et de profiter des avantages que ça peut procurer.

A la banque, lorsque tu trouves un rang kilométrique – chez nous, on ne prend pas forcément rendez-vous comme dans le pays de Benjamin Yobouet hein – tu n’as pas à attendre car on voit clairement que ton ventre te précède. « Madame, venez par ici! Je vous reçois tout de suite. » De quoi faire des jaloux.

A la préfecture, sous un soleil virulent, avec des dizaines de documents à la main, tu peux recevoir la pitié des autres personnes alignées qui te laissent passer devant elles. Une femme enceinte qui ne cède pas à la paresse et continue de résoudre ses problèmes, c’est encourageant.

A la poissonnerie, les gens sont alignés, des assiettes de poisson à la main, attendant de les faire peser pour en payer le prix. Lorsque tu veux te décourager, tu es interpellée par un vendeur qui respecte les consignes du chef. Les femmes enceintes ne doivent jamais attendre dans les rangs.

A la pharmacie, tu es reçue en priorité. Une femme enceinte et malade, vaut mieux pas la faire attendre. On ne veut surtout pas la voir perdre les eaux devant nous.

A l’école, lorsque tu veux rencontrer un directeur, proviseur, principal de l’établissement où vont tes enfants, il te reçoit sans te crier dessus. Faut préciser que chez nous, il n’est pas évident de rencontrer le chef d’un établissement scolaire. Ce dernier préfère éviter les contacts avec les parents d’élèves pour ne pas avoir à répondre à leurs questions sur le coût de plus en plus élevé de la scolarité. Donc, lorsque tu te pointes avec un ventre qui parle pour toi, sa secrétaire sent qu’elle est obligée de t’annoncer et de préciser à son boss : « patron, elle est enceinte hein, humm. »

A la boulangerie, lorsque tu commences à grogner parce tu n’es pas encore servie, tu entends tout juste une voix venant de quelque part : « s’il vous plait, donnez à la femme enceinte là ce qu’elle veut! Ne lui faites pas perdre les eaux ici! »

Lorsque tu portes une lourde charge, dans cette société où les mœurs sont de plus en plus corrompues, tu as au moins la chance d’être soulagée de ta charge, même par un inconnu.

Bref, pendant la grossesse, partout où tu vas, tu as le sentiment de n’entendre que cette phrase : « les femmes enceintes d’abord ».

Cependant, chez le gynéco, tu es obligée de t’aligner comme les autres car tu as en face de toi des femmes enceintes, comme toi.

J’ai tellement profité des états de grossesse que ça me manque des fois. Comme le hasard a fait que j’ai un ventre plutôt volumineux depuis mon dernier accouchement, je n’hésite pas à en profiter, et même à le rappeler à qui fait semblant de ne pas le voir. Partout où il faut attendre que les autres soient servis, je crie haut et fort : « laissez-moi passer! Ne voyez-vous pas que je suis enceinte ? ». Là c’est l’aspect cool de la chose. Ce n’est plus cool du tout lorsque tu tiens ton bébé de 8 mois dans les bras et qu’on te demande comment tu peux déjà être à nouveau enceinte alors que ton bébé est encore si petit. Là, tu comprends que tu as plutôt intérêt à avoir un petit ventre si tu n’es pas enceinte et d’en avoir un bien gros si tu l’es.

 

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