Un vendeur atypique


Ce vendeur d’insecticides au langage mielleux surfe sur la grande sensibilité des femmes et leur promptitude à effectuer des achats pour se défaire d’un produit sans aucune efficacité, ni utilité.

Il est un rituel (parmi plusieurs) chez une mère au foyer : partir à pieds pour le marché en prenant des chemins des plus tortueux pour éviter de passer trop près d’une voie goudronnée à grande circulation. Natasha fait partie de ces femmes qui passent plusieurs heures de la journée à faire le marché et la cuisine.

C’est un matin de samedi ensoleillé. Lorsque Natasha arrive au marché, elle est si épuisée par ses 45 minutes de marche qu’elle s’assied sur le 1er tabouret qu’elle aperçoit. C’est le tabouret d’une vendeuse de banane plantain qui lui fait aussitôt savoir que ce tabouret est posé là pour celles qui veulent effectuer un achat. Elle acquiesce en hochant simplement la tête. Une fois reposée et alors qu’elle s’apprête à se lever, un homme vient poser une table devant elle. Il pose deux tableaux sur ladite table. Des cadavres de souris secs étaient collés sur l’un des tableaux, tandis qu’une chauve-souris vivante mais affaiblie se débattait sur l’autre tableau…

La vue d’une chauve-souris n’est jamais anodine. Elle annonce toujours un événement lié de très près à la mort. Elle fait partie des animaux porte-malheur à abattre à tout prix. Le vendeur savait que ça drainerait des foules car tout le monde vient faire ses achats pour plusieurs jours, voire pour la semaine. Les questions commencent à fuser dans tous les sens. Le vendeur sourit car il sait que sa cible mort à l’hameçon.

-Natasha : « Est-ce une vraie chauve-souris ? »

-Le vendeur : « Oui ma sœur, c’est une vraie chauve-souris »

-Elle : « Où a-t-elle été arrêtée ? »

-Lui : « Sous le comptoir d’une femme au marché d’Abobo »

-Elle : « Avec quoi l’a-t-on arrêtée ? »

 Elle a posé la question à laquelle toute la mise en scène devait conduire. Nous sommes au marché d’Adjamé, le plus grand marché de notre chère Abidjan. Un marché bouillonnant de femmes frileuses d’histoires saugrenues comme celle de notre vendeur vedette, une chauve-souris qui aurait été arrêtée sous le comptoir d’une vendeuse au marché d’Abobo. Le temps de la vérification, d’Adjamé à Abobo, la manipulation et le mensonge auront porté leurs fruits. En réalité, toutes les dames présentes se sont posées la même question à voix basse : avec quoi a-t-on arrêté la chauve-souris ?

Le public-cible de notre vendeur, les femmes, est prompt à acheter à chaque fois qu’on présente les choses de façon aussi spectaculaire. Devant l’impatience des dames encore plus nombreuses qu’il y a 5 minutes, le vendeur sourit et dévoile sa recette attrape chauves-souris.

« Mesdames, découvrez ici le super produit que je vous propose ce samedi ! C’est un insecticide très puissant. Il élimine cafards, souris, moustiques, abeilles, fourmis. C’est un comprimé qu’il faut écraser avec du hareng saur et le répandre sur une surface définie. Dès que le visiteur indésirable se pose sur ladite surface, il est immobilisé par le produit, exactement comme vous le voyez avec cette chauve-souris. J’ai déjà fait le tour de plusieurs marchés dont celui d’Abobo où j’ai attrapé cette chauve-souris devant des témoins. J’y ai vendu le comprimé à 500 francs, mais je vous le laisse ici à 200 francs car je vois bien que vous êtes plus intéressées que mes acheteuses du marché d’Abobo. Il ne m’en reste plus assez. Dépêchez-vous de prendre votre comprimé avant que je ne sois en rupture de stock ! »

Le vendeur le sait. Les femmes achètent plus lorsqu’elles se savent uniques et privilégiées. Il utilise la bonne ruse du produit moins cher et en rupture de stock. Sa technique marche très bien. Les femmes se ruent sur lui telles des abeilles et le dévalisent de tout son stock. Comme tout bon manipulateur, il sait qu’il doit rapidement lever le camp avant d’être démasqué.

Natasha a acheté quelques comprimés dudit insecticide. Soudain, elle réalise qu’elle a besoin d’informations supplémentaires sur l’utilisation du produit. Doit-on ajouter de l’eau ou quelque chose d’autre au mélange du comprimé et du hareng saur écrasé afin qu’il puisse coller la proie sur le tableau telle la chauve-souris du vendeur ? Si non, le produit a-t-il des propriétés de colle forte ? Hélas, le vendeur est déjà parti chasser ailleurs. Il n’y a plus personne pour répondre aux questions de nos acheteuses excitées. Pauvre chauve-souris sacrifiée pour les besoins de la cause !

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5 Commentaires

  1. Une Camer vivant au Camer et qui parle d’une chauve-souris d’un vendeur du marché d’Abobo.
    Mingggce, il fallait le faire. Hé la go-ci c’est du par rapport à par rapport hein 😀

  2. Tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute! !!! Difficile de résister à tel discours quand nous avons des souris à la maison qui ouvrent les marmites.

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