Ma vie de mère au foyer

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cuisine

une cuisine, crédit photo : Mireille Flore Chandeup

Lorsque je décide de rejoindre mon fiancé à Yaoundé en 2010, tout le monde trouve que je suis folle, une cousine m’a d’ailleurs expressément dit que ça ne marchera jamais. Chez nous en Afrique, on ne va pas s’installer chez un garçon, non, on attend qu’il vienne à la rencontre de la famille; et lorsqu’on dit famille, on parle de faire la totale. Le garçon qui désire prendre femme doit demander la bénédiction de tous les grands parents de sa future épouse. Oui, on a chacun des dizaines de grands parents chez nous. Et si un aïeul n’est plus de notre monde, on sollicite ladite bénédiction auprès de son remplaçant sur terre: son successeur. Donc, j’ai 25 ans et après avoir passé 7 ans avec mon amoureux, je décide en mon for intérieur qu’il est temps de passer à l’étape supérieure. Etant donné qu’il n’a pas assez d’argent pour faire la totale, je suis obligée de mentir à mes parents en leur disant que je me rends à Yaoundé pour faire des recherches supplémentaires dans le cadre de mon master 2 et que je vais y passer 3 mois. Je n’en suis plus repartie.

cuisine africaine

cuisine traditionnelle, crédit photo : Mireille Flore Chandeup

La vie de foyer est une catastrophe les 1ers mois, au point où j’envisage sérieusement de retourner dans mon Douala natal. Mais je suis stoppée nette par une voisine auprès de qui je m’étais confiée. « Ma fille, me dira-t-elle avec tellement de sagesse, le mariage -du moins nous appelons cette situation le mariage- n’est pas facile. Voir un petit ami 2 à 3 fois par semaine est différent de le voir tous les jours. Tu vas à coup sûr être déçue par certaines de ses humeurs, mais si tu a bravé les interdits sociaux pour t’installer avec lui, trouve en toi la force de supporter! ». Bien sûr que je devais supporter; je n’allais pas donner raison à ma cousine en seulement quelques mois.

Un an après, alors que je poursuis mon stage d’avocat dans l’étude de Maître Tene, je commence à comprendre que je ne suis pas une femme « normale », que je ne suis pas une femme à bébés. Et oui, je n’ai encore aucun enfant alors que je me trouvais déjà trop vieille 1 an auparavant pour ne pas en avoir. C’était la raison principale pour laquelle il fallait à tous les prix que je vive avec mon petit ami: je désirais plus que tout avoir des enfants. Je me mets alors à consulter toutes sortes de tradipraticiens qui me font boire des décoctions aux goûts aussi désagréables les uns que les autres.

Deux ans plus tard, c’est-à-dire en 2013, je découvre enfin un matin de février que je suis enceinte. Puisque c’est également le 1er enfant de mon fiancé, il décide de me faire une fleur et m’épouse incognito -on n’a toujours pas les moyens pour aller à la rencontre des deux familles-. En Afrique c’est une abomination de se marier incognito, encore plus si le garçon n’a versé aucune dot à la famille de la fille. Je vis une grossesse plutôt calme et donne naissance à une fille le 16 octobre 2013. Je suis si remplie de joie que la peur de la perdre alors que je l’avais tant attendue m’amène à décider de ne pas la confier à une nounou. Dès ses 9 mois, je pressens que je suis prête pour avoir un 2ème bébé qui naît alors 10 mois plus tard le 15 mai 2015.

Aujourd’hui, je continue de m’occuper d’eux. Entre 2 changes de couches, je lis mes anciens cours de droit pour ne pas perdre mes réflexes de juriste, en tout cas c’est ce que je me dis pour me convaincre que j’ai pris la bonne décision. Je conseille des personnes sur leurs problèmes nécessitant un avis de juriste. Je regarde les séries télévisées. Je rédige des documents moyennant quelques francs. Je bavarde avec mes voisins. Je vis dans une banlieue où tout le monde connaît tout le monde et on s’entraide pour tout…Entre 2 repas des enfants, j’écris, partout, y compris sur internet. Et voilà que je découvre Mondoblog et je me dis: « tiens, Mireille, tu vas envoyer ton texte, tu seras sélectionnée, ne t’inquiètes pas, tu as déjà ta ligne éditoriale, tu vas parler du quotidien de la mère au foyer que tu es. » Avec le soutien de mon mari, m’y voilà.

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Mireille Flore Chandeup
Juriste conseil à son propre compte, elle écrit à ses heures perdues. Elle est ici pour présenter la vie et ses vicissitudes du point de vue d'une mère au foyer. Le saviez-vous, qu'une mère au foyer voit des problèmes où personne ne les voit et n'en voit pas où tout les monde les voit? Venez, elle va vous l'expliquer en profondeur!

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