Cameroun : voici pourquoi des femmes meurent en donnant la vie

Mourir en donnant la vie n’est pas acceptable. C’est pourquoi au fil des années on multiplie les stratégies pour diminuer la mortalité maternelle, ou tout au moins les causes de ces décès.
La mortalité maternelle se définit comme le décès de la femme qui survient pendant la grossesse, pendant l’accouchement ou les 42 jours qui suivent l’accouchement.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), Chaque jour dans le monde, 830 femmes meurent de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. Chaque année, ce sont donc près de 303.000 décès maternels qui surviennent en majorité dans les pays en développement.
Au Cameroun, on estime à 800 le nombre de femmes qui meurent en donnant la vie tous les jours.
Il faut comprendre pourquoi ce chiffre est aussi élevé. On en parle constamment, mais qu’en est-il ? Peut-on y apporter des solutions? C’est la problématique des causes de décès évitables et de celles non évitables. Il s’agit surtout à mon avis de nous assurer que les femmes, premières concernées, comprennent ces causes de décès.
Pourquoi des femmes meurent-elles en donnant la vie?

L’hémorragie de la délivrance

C’est la 1ère cause de décès maternel. Il arrive très souvent que pendant la poussée du bébé, l’utérus se disloque et cause une hémorragie à laquelle on ne peut malheureusement pas remédier. La patiente parait en bonne santé. L’instant d’après, elle pâlit et s’évanouit. Il est trop tard. Il n’est pas évident pour une dame qui vient de donner naissance de constater qu’elle saigne plus qu’il ne faut, surtout ci c’est la première fois. Les sages femmes sont censées contrôler le saignement des patientes par une observation régulière des serviettes hygiéniques. Dans notre contexte sociétal fait primer l’argent sur la santé des patients. Il m’est arrivé d’entendre une sage-femme dire à une patiente qu’elle n’avait pas à lui dire de venir voir si elle saigne trop. Les femmes sont là pour accoucher et non pour leur apprendre leur métier. Et lorsque l’irréparable se produit, elles prennent la clé des champs ou appellent la sécurité de l’hôpital pour tenter de museler la famille éplorée.

La grossesse extra utérine

C’est une cause de décès évitable si elle est dépistée à temps. La plupart des grossesses sont intra utérines et le bébé peut arriver à terme. Une grossesse est dite extra utérine lorsque l’œuf fécondé n’est pas allé se nicher sur la paroi utérine et est resté se développer dans les trompes. Selon les organismes, le fœtus peut atteindre 8 semaines et plus avant de s’éclater et causer la mort de la patiente. Il est recommandé de se rendre immédiatement à l’hôpital lorsqu’on constate le retard dans l’apparition des règles. Dès la toute première consultation, le gynécologue ou la sage femme prescrit une échographie pour dater la grossesse et localiser l’embryon. Lorsque ce conseil est suivi à la lettre, une femme peut se rendre compte que la grossesse est extra utérine dès la 4ème semaine de grossesse. Dans ce cas, l’opération est le seul moyen de la tirer d’affaire.

Chez nous, plusieurs femmes se rendent à l’hôpital vers la 20 ème semaine et n’acceptent de passer une échographie que si elles sont certaines que le sexe du bébé peut être vu.
Certaines femmes quant à elles, ne pourraient pas réaliser cette écographie à cause du coût élevé de cet examen qui est en moyenne de 7000 fcfa. C’est-à-dire que, on verse le gel de 50 fcfa sur le bas du ventre, on pose un truc dessus qui filme le bébé. Du coup, ça te coûte 7000 fcfa.

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L’infection généralisée, surtout suite à une césarienne

Les entrailles de la femme, après expulsion du bébé, représentent un champ fertile pour les bactéries et autres microbes. Il peut arriver que le corps s’infecte et s’infeste rapidement au point de causer la mort de la patiente. L’infection généralisée survient le plus après une césarienne. Les bactéries s’invitent dans l’organisme par la plaie cicatricielle. Lorsqu’on se rend compte que le corps est infesté, il est déjà trop tard.
Il est recommandé de faire attention à sa toilette intime après un accouchement par voie basse et de changer son pansement à temps après une césarienne. Parlant justement du pansement de la plaie cicatricielle, j’ai vu des femmes garder un pansement plusieurs jours de plus, faute de moyens pour se le faire faire à nouveau.
Il est dommage que des vies soient risquées à cause du coup jugé élevé des pansements

Hypertension gravidique + protéinurie = éclampsie

C’est une cause de décès considérée chez nous comme des plus mystiques. Ici c’est la combinaison de plusieurs facteurs qui est fatale pour la patiente. L’éclampsie est une crise convulsive généralisée qui survient chez la femme enceinte de 20 semaines et plus, ou chez la femme qui a donné naissance il y a maximum 6 semaines. Elle survient uniquement en cas d’hypertension gravidique, c’est-à-dire liée à la grossesse, et de protéinurie qui signifie présence excessive de protéines (surtout l’albumine) dans l’urine.
L’éclampsie est une cause de décès évitable à 100 pourcents. Cependant, plusieurs femmes font, et même de façon répétée, des crises avant l’accouchement. Ce qui met les vies de la mère et du bébé en danger.
Lors des visites prénatales, les femmes doivent, moyennant des frais variant entre 0 et 1000 fcfa, faire tester leurs urines pour jauger le taux d’albumine présent. Lorsqu’il dépasse le taux acceptable, la femme est prévenue sur le risque qu’elle court et est invitée à ne plus consommer des aliments qui en contiennent tel que le lait ou l’œuf.

L’embolie pulmonaire placentaire

Après un accouchement par voie basse ou par voie haute, ou après une interruption volontaire ou involontaire de grossesse, il peut arriver que des caillots de sang se forment et migrent vers les poumons, causant une détresse respiratoire appelée embolie pulmonaire. La formation des caillots de sang est inévitable, mais la patiente peut être mise à temps sous assistance respiratoire. Dans tous les cas, la mort n’est pas bien loin.

Le refus systématique de la césarienne

Chez nous, certaines femmes meurent aussi parce qu’elles refusent systématiquement d’être opérées. La césarienne est encore considérée par beaucoup comme un piège que nous tend la sorcellerie. Sachons Mesdames que la césarienne est pratiquée pour plusieurs raisons :

1 : la femme présente une DCP (Disproportion Céphalo Pelvienne) communément appelée bassin bas ou rétréci : la femme a des contractions, le col de l’utérus se dilate, mais le bébé ne peut pas passer sans que la femme ne subisse une déchirure d’une dizaine de centimètres.

2 : le bébé se présente mal : il est sur le siège (on voit ses fesses à travers le col dilaté), il présente un seul pied ou un seul bras…

3 : la mère présente une hypertension gravidique, elle court le risque de faire une crise d’éclampsie ou est déjà en pleine crise.

4 : Utérus cicatriciel : la mère a déjà été opérée 2 fois.

5 : le cordon du bébé est enroulé autour de son cou et l’étouffe lorsque la mère tente de l’expulser normalement.

6 : la mère est à quelques semaines de l’accouchement et présente un accès palustre tel que la poursuite de la grossesse pourrait lui être fatale.

Bref, pour une raison ou une autre, et même si on a déjà accouché par voie basse, on peut avoir besoin d’une césarienne. La refuser est alors fatal. Laisser le médecin nous conseiller est le meilleur réflexe qu’on peut avoir devant des situations similaires.

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Le paludisme

Le paludisme chez une femme enceinte est très dangereux. C’est la raison pour laquelle des moustiquaires imprégnées sont distribuées gratuitement, bien que plusieurs estiment se sentir étouffées de dormir sous une moustiquaire. On  administre  également à la femme un TPI (Traitement Préventif Intermittent). Dans tous les hôpitaux, elle reçoit une prise de médicaments contre le palu par trimestre de grossesse, soit 3 prises au cours de la grossesse. C’est un traitement qui est censé être donné gratuitement aux femmes. Cependant, les sages femmes leur demandent parfois la somme de 500 fcfa pour une prise.
L’importance de ce traitement n’est donc plus à relever. Néanmoins, certaines femmes ne le prennent sous le prétexte qu’elles ne supportent pas les comprimés pendant la grossesse. ça les ferait vomir.

A toutes ces causes de décès maternel, on peut ajouter le coût élevé des examens prénataux (7000 fcfa pour une échographie, 5000 fcfa pour la Numération Formule Sanguine qui permet entre autres de savoir si le sang est de nature à se coaguler lentement et de prévoir directement du sang lors de l’accouchement…)

La culture et les superstitions représentent une cause non négligeable de décès maternel. Par exemple, plusieurs femmes se purgeront toujours avec des herbes macérées malgré le contre avis du médecin et sans en maîtriser le dosage. A ce sujet, les leçons prénatales dispensées aux femmes venues se faire consulter sont inefficaces. La plupart des femmes préfèrent les bonnes vieilles méthodes de grand-mère.

En outre, il y a des facteurs qui lorsqu’ils sont à l’origine d’un décès révoltent encore plus. La prise en
charge tardive d’une patiente en besoin urgent de césarienne pour cause d’éclampsie par exemple peut être due à la distance qui sépare les services de maternité et de chirurgie du même hôpital. J’ai pu constater par moi-même dans un de nos hôpitaux que le service de maternité est situé au rez de chaussée et celui de chirurgie au 1er étage. Lorsque des femmes choquent en salle d’accouchement, on perd des minutes précieuses en les emmenant au bloc opératoire située plutôt au-dessus.

Enfin, il y a un facteur non négligeable de décès dont nos sages femmes sont adeptes. Il regroupe amateurisme, paresse, corruption, sadisme et j’en passe. C’est le mauvais relais entre les équipes de sages-femmes ou d’infirmiers. Imaginez-vous un peu être arrivée à la maternité à 6 heures du matin! l’équipe que vous avez trouvée sur place vous a enregistrée. un infirmière vous a fait le toucher, ce fameux toucher que nous détestons tant. Estimant que le travail avance trop lentement, elle a placé un quart de comprimé de Cytotec dans le col de l’utérus pour accélérer le travail. Entretemps, il est 7 h 30, son service de garde est terminé et elle s’en va. Dès que vous sentez enfin que la douleur des contractions vous transpercent le cœur, une autre infirmière se point devant vous et vous pose mille et une questions : « Madame, où est votre carnet? Vous êtes là depuis quelle heure? On vous a fait le toucher? C’est un travail normal ou on a accéléré avec le cytotec? Le gynécologue lui-même vous a vue? Votre tension est même à combien éhhhh? »
Entre temps, votre tension augmente à une vitesse grand V et vous tombez dans les vapes. Elle se met à appeler son prédécesseur pour lui demander où elle a posé votre carnet en partant. Elle lui répond qu’elle a du l’oublier dans la salle de repos où elle rattrapait le sommeil perdu dans la nuit.

La suite de l’histoire, chacun de nous peut l’écrire.

Ce que je retiens :
Il y a des causes de décès maternel liées à la structure hospitalière et à son personnel.
Il y a des causes liées à la femme elle-même et à sa mentalité et ses croyances.
Certaines causes sont évitables, tandis que d’autres ne le sont pas.
Il est nécessaire et vital de conjuguer les efforts pour améliorer les conditions de prise en charge des femmes enceintes et limiter du coup les cas de décès.

Cet article a été rédigé dans le cadre de la campagne #SantePourTous initiée par les blogueurs camerounais.

Découvrez ici les billets des participants à la campagne ayant publié sur le sujet :

VIH SIDA : Comment vivre longtemps avec le virus ?  par Thierry Didier KUICHEU

Les hôpitaux camerounais sont des malades très mal soignés par Fabrice NOUANGA

VIH- SIDA : La nécessaire éducation. par Christian Cédric MBOU

Pourquoi l’argent est-il la priorité dans les hôpitaux au Cameroun ?  par TCHAKOUNTE KEMAYOU

Le médecin n’est pas un faiseur de miracles par FOTSO FONKAM

Pourquoi faut-il intégrer les guérisseurs traditionnels dans le système de santé national ?  par NGNAOUSSI ELONGUE Christianovich

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