Dans le collimateur des femmes

Les mères au foyer, scrutatrices averties de la vie des voisins

Nos mères au foyer sont des scrutatrices averties de la vie des autres, scruter c’est leur quotidien, elles connaissent tout de la vie des personnes qui les entourent. Ne soit jamais dans leur collimateur !

Bilonguè, 6 heures du matin. Le jour se lève tout doucement sur les habitants d’une mini-cité comme on en rencontre aux coins des rues de nos banlieues peuplées de Douala, capitale économique du Cameroun. Une mini-cité chez nous est un bâtiment de rez de chaussée et de forme circulaire fait pour être loué : plusieurs appartements entourés d’une clôture de planches. Une cour commune abritée par quelques arbres fruitiers qui créent la polémique lorsqu’ils fleurissent. Des règles non écrites régissant le train train quotidien : assurer la propreté des toilettes et des cours communes.
La matinée des habitants de cette mini-cité est rythmée par le vacarme causé par les femmes et les enfants dans la cour. Les hommes partent très tôt à la recherche du pain quotidien. Les femmes, censées assurer leurs arrières, dégainent alors leurs armes. A première vue, tout peut d’abord sembler normal. Pembara s’affaire à doucher son fils de 2 ans dans la cour commune. Kamone épluche à la vitesse de l’éclair des doigts de banane-plantain qu’elle met dans un récipient à moitié rempli d’eau. Ngoye termine de laver sa petite véranda à l’aide d’une serpillère. Ngonda étend les vêtements de son nouveau-né pour les faire sécher. Banadi a sorti son artillerie lourde pour se faire une beauté. Mateyem, quant à elle, installe son comptoir de vente de vivres frais, sa clientèle s’amène peu à peu. Elle se met à prier pour que Dieu fasse que sa journée soit différente des autres, le fait est que toutes ses journées se terminent par une prise de bec avec une cliente. Une malchanceuse sur qui notre vendeuse redirige le stress causé par les autres. Les clientes de Mateyem sont cleptomanes. Pas une, pas deux ; mais toutes ! Les surveiller est un véritable parcours du combattant. Le soir elle finit par craquer face au vol de trop.

comptoir de vivres frais, crédit photo : Mireille Flore Chandeup

comptoir de vivres frais, crédit photo : Mireille Flore Chandeup

La vie de ces dames semble donc normale à première vue… Mais quand Pembara, qui douchait son fils dans la cour, a arrosé les autres de la goûte d’eau de trop, elle s’est vue remonter les bretelles par ses voisines. On prend sa douche dans les toilettes. Cependant, Pembara fait partie de ces intellectuelles imbus de leur personne qui ne respectent aucune règle. Elle croît qu’elle vit dans cette mini-cité dans l’attente d’une meilleure vie ailleurs.
Au fil du temps et des événements, les dames des lieux ont ainsi fixé plusieurs règles de vie commune, jamais codifiées, mais que chacune d’elles, sauf Pembara, sait qu’elle doit respecter. Cependant, les conflits surviennent régulièrement au sujet de ce qui peut paraître banal pour un étranger. Elles se disputent constamment au sujet du rythme de balayage de la cour commune, selon qu’on est en saison sèche ou en saison pluvieuse, selon qu’il y a plus ou moins de vent et par conséquent de feuilles mortes. Elles se disputent aussi à cause de l’ombrage des deux arbres de leur cour commune. L’air sous l’arbre est agréable. Elles veulent toutes constamment s’y installer pour effectuer leurs tâches journalières.

La mangue, source de dispute

Les fruits de ces arbres font aussi l’objet de conflits. Un manguier et un oranger. Le propriétaire vient de temps en temps récolter les fruits il dit qu’ils sont destinés à la vente. Les dames des lieux savent qu’elles ne peuvent pas s’entendre pour délester les arbres de leurs fruits avant l’arrivée du bailleur. Elles préfèrent s’interdire d’y grimper mais elles s’autorisent le ramassage des fruits qui tombent. La propriété du fruit revient à celui qui l’a ramassé. Le désaccord survient tout de même lorsque Ngonda, qui raffole des mangues, n’en a pas consommé une seule depuis le début de la saison. Elle ne peut pas se lever tôt pour en ramasser car son bébé pleure toute la nuit. Elle est trop fatiguée en journée pour être réactive lorsqu’une mangue tombe. Alors là, elle se met dans tous ses états et exige que les règles soient changées. Et finalement :
1- Désormais, la cour est divisée en 6 parties égales pour les 6 familles de la mini-cité.
2- Chaque famille est propriétaire des fruits qui tombent sur sa parcelle de cour.
3- Pour déterminer la parcelle sur laquelle le fruit est tombé, il faut attendre qu’il finisse de rouler et se stabilise.
4- Puisque les enfants désobeïssent toujours aux règles, les fruits cueillis sur l’arbre par un fils de la mini-cité sont répartis entre les 6 familles à égalité, sans tenir compte du nombre d’habitants de la maison.
Voilà qui satisfait Ngonda qui vient de mettre au monde son 1er bébé.

manguier,

manguier, fr.wikipedia.org

Ainsi, la vie de nos 6 locataires n’est vraiment pas de tout repos. Le petit commerce de Mateyem est tout le temps l’objet de mécontentements. Elle fait tout pour tenir. Ses voisines font tout pour la décourager. « S’il te plait, donne-moi le haricot noir de 500 francs CFA, je te donne l’argent après. Je ne peux pas fouiller mon sac à mains avec la sève de banane que j’ai sur les mains. » « S’il te plait, envoie-moi Nathan avec le savon. Je suis encore entrain de faire la lessive. Je te solde après » etc. Mateyem, las d’attendre que ses voisines se décident à fouiller leurs sacs à mains, va s’en remettre aux hommes de la mini-cité, ce qui lui vaut la haine des voisines et le surnom de « briseuse de ménage ». Les hommes ne doivent jamais être mis au courant de la situation conflictuelle vécue par leurs femmes en leur absence.

Les femmes, détectives privées

Dès que les hommes quittent la mini-cité justement, les femmes se transforment en détectives privés et passent aux cribles tous les gestes des habitants du quartier. Elles trouvent une explication à tout ce qu’il se passe autour d’elles. Pembara douche son fils de 2 ans très tôt parce qu’il fait encore pipi au lit. Kamone fait la cuisine plus tôt que d’habitude parce que son mari l’a affamée dans la nuit. C’est un éternel insatisfait. Ngoye lave sa véranda très tôt parce qu’elle ne supporte pas que les enfants des voisins y posent leurs pieds sales. Ngonda lave les habits de son bébé tous les 2 jours alors qu’elle n’a qu’un enfant. Que va-t-elle faire lorsqu’elle en aura six ? Banadi a la chance que ses enfants ne soient plus des bébés. Elle a le temps de se faire une beauté. Mateyem quant à elle ne respecte pas ses clients. Elle leur parle comme elle le fait avec ses enfants.
Le plus gros sujet de discorde de nos dames est incontestablement leurs enfants. On s’accorde bien sur le fait que l’enfant, dès qu’il est né, appartient à la société. Mais nos dames interdisent aux femmes sans enfant de réprimander les enfants des autres. Elles sortent de leurs gonds lorsqu’elles entendent leurs enfants pleurer. Elles en viennent aux mains si le fils plus âgé de la voisine fait pleurer les leurs. De vrais tigresses. Surtout, ne jamais se retrouver dans le collimateur des femmes.

Lire aussi sur le sujet : Tous des « kongosseurs » devant Dieu et les hommes de Willy Fonkam

3 Commentaires

  1. C’est exactement le quotidien du chez moi ça surtout avec « La mangue source de dispute » .Dire que le propriétaire en vient à mettre des planche sur les toitures des voisins pour empêcher les mangues tombées sur les toitures, de se retrouver au sol. Nous les femmes!!!!!!!!!

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