Sur les pas de sa mère

On souhaite le meilleur pour notre progéniture, mais quoi qu’on fasse, nos enfants commettent des erreurs, font des faux pas, trébuchent, tombent. Les erreurs que nous avons pu faire nous mêmes plus jeunes doivent-elles pour autant se répéter ?

« Laisse-moi prendre ma vie en mains ! On dirait que tu es jalouse de ma réussite auprès des hommes.Tu es vieille et flétrie et tu regrettes de n’avoir pas profité de ta jeunesse… »

Et bla bla bla. Ces propos de ma fille adolescente me traversent quotidiennement la tête, d’un tympan à l’autre, au point de ne plus avoir aucun effet sur moi. Quel genre de mère suis-je, pour ne pas comprendre qu’il s’agit là d’un appel à l’aide d’une fille qui, malgré elle, est prise dans la tourmente d’une planète devenue un village ? Elle vit dans un village où les clics ont remplacé les pas et les voyages, où le « zapping » a remplacé les années d’apprentissage à l’école sous l’arbre et où les tambours ont cédé leur place à des objets qui parlent. Elle est tourmentée et frustrée de ne pas pouvoir ressembler aux filles qu’elle rencontre pendant ses voyages éclairs. Elle est en colère que sa mère ne soit pas aussi compréhensive que ces mamans sympas qui acceptent de faire la connaissance des copains de leurs filles.

Je suis de la vieille école

 

« Mais quel genre de mère ai-je ? » se demande-t-elle, à tel point que je finis par le percevoir dans son regard. Je suis de la vieille école, celle où l’on se retrouve ensemble sous l’arbre, avec des élèves apprenants assis sur des sortes de bois enfouis dans la terre. Je ne sais d’ailleurs toujours pas quel nom on a donné à ces installations.

Je suis née d’une mère rigide et protectrice, aussi autoritaire qu’un monarque.

Mon enfance n’a rien à voir avec celle que certains jeunes ont aujourd’hui. Les journées étaient réglées comme une horloge. Le matin aux aurores, mes frères et moi devions aller chercher de l’eau à une dizaine de kilomètres et malheur à celui qui revenait avec une cuvette à moitié vide ! Peu importait pour ma mère que le soleil se soit emparé d’une partie du contenu du récipient ou que vous ayez rencontré des lions dans la savane. Revenus avec de l’eau, nous devions ensuite faire lessive et vaisselle pendant que ma mère commençait la préparation du repas, après nous l’aidions encore pour terminer la cuisson. Nous n’avions pas d’horloge, mais on pouvait voir à la position du soleil que nous finissions par manger vers 18 heures. Et un repas par jour, c’était bien les jours de chance.

Enfants avec bassines d'eau sur la tête

Enfants avec bassine d’eau sur la tête – Crédit RFI

« Tu n’as pas besoin de me ressasser ta laide vie là tout le temps… » me dit ma fille à chaque fois que nous sommes en conflit. « Les choses ont changé et tant pis pour toi si tu as passé ta jeunesse habillée en paille et attendant qu’un vieux machin vienne te demander en mariage. » Le vieux machin c’est son père, mais peu importe, les choses ont changé. Est-ce sa faute si les choses ont changé ? Peut-elle vraiment faire autrement que de suivre le mouvement?

Profiter de sa jeunesse

 

Profiter de sa jeunesse aujourd’hui ce n’est plus apprendre à coudre et à cuisiner toute la journée pour les filles et apprendre à fendre du bois et à se battre pour les garçons. de mon temps, une jeune fille prête pour affronter la vie devait avoir les bases de la couture et savoir concocter un bon plat de la nourriture prisée de son village. Son petit village, pas le village planétaire d’aujourd’hui où l’origine d’un plat se confond parfois avec le lieu où il est le plus consommé. Aujourd’hui, même le rapport à l’homme a changé. « Nous ne sommes plus à votre époque où la femme devait manger à la cuisine pendant que l’homme mangeait à table avec ses frères ». Là, ma fille parle de manger au sens propre, mais la réalité c’est qu’aujourd’hui les filles mangent à la même table que les garçons, à un sens figuré. Elles vont en boîte de nuit, elles offrent à boire aux garçons, elles leur font la cour et … les demandent en mariage. Abomination ! Une fille qui demande à un garçon de l’épouser est une….  . Non je vais taire le mot parce que c’est désormais ainsi.

néon "night club"

« Night Club ». Crédit : Thomas Weidenhaupt – Flickr

Je souhaitais que ça se passe autrement avec ma fille parce qu’à une autre période de ma vie j’ai été comme elle, je suis passée par là. Je me souviens qu’une touriste était venue découvrir mon peuple dans la savane où je suis née. Elle était grande, fière allure, un jeans et un tee-shirt, les cheveux relâchés sur le visage, la peau claire (j’avoue que sur le moment je n’avais pas compris pourquoi elle était si claire). Elle était blanche, mais je croyais que sa peau était juste à l’image de la vie de l’autre côté de la savane. Je m’étais cachée dans la malle arrière de sa voiture afin qu’elle m’emmène loin de ce village de travail forcené. J’étais enceinte du vieux machin qui m’avait épousée et qui me dégouttait. Je rêvais d’avoir un jour l’allure de la touriste et d’utiliser cet objet qu’elle frôlait du doigt pour immortaliser son passage dans la savane.

Ma fille a vu le jour dans le grand village. Au fil des années, j’ai appris à avoir fière allure, comme la touriste. Le libre échange avec les hommes m’a conduit à avoir 4 autres enfants de pères différents, dont j’ignore l’identité. Lors de moments de solitude quand mon fils me demande où est son père, je ne cesse de penser au vieux machin que j’avais abandonné, j’ignore s’il est toujours en vie. Je n’ai jamais eu l’intention de retourner en arrière, cependant je pensais malgré tout pouvoir inculquer à ma fille les valeurs et les habitudes anciennes. Rien à faire, elle veut faire ses propres erreurs. Aminata a 16 ans, aujourd’hui elle est enceinte et ne sait pas qui est le père. En réalité elle ne fait pas ses propres erreurs, elle marche malheureusement juste sur les pas de sa mère.

4 Commentaires

  1. quoi que tu fasses, ta fille commettra des erreurs et même des pires que les tiennes. on n’a jamais vu une fille aussi obéissante que sa maman voudrait qu’elle le soit. c’est toujours le conflit

  2. Et oui malheureusement c’est ainsi les enfants veulent toujours mieux faire k l parent tt en oubliant parfois que l parent a pleinement raison de s’ inquiéter en donnant des interdits…et nous voici avc l’avenement du modernisme

  3. C’est vraiment dommage que ces enfants n’écoutent plus rien. Ce sacré Conflit de Génération !!!! Il n’en a pas fini de nous faire baver !

  4. Très touchant et très émouvant. En effet, c’est parti pour un conflit perpétuel. Courage surtout ne baisse pas les bras car plus tard, tu t’accuseras de n’avoir rien fait.

    En même temps il y a un adage qui dit « on ne surveille pas une fille ». Je ne souhaite pas qu’elle tombe dans des erreurs mais je crois que ce sont ces erreurs là qui la feront changé un jour, qui sait?

    Bien à toi, au plaisir de te lire ! Bien à toi.

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